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Manifestations en Albanie, la suite du « printemps des Balkans »

Le 23 mars, et à nouveau le 17 avril, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans le centre de Tirana. Rapidement, la manifestation a tourné à l’affrontement violent avec les forces de police – pluie de cocktails molotov et de feux d’artifices d’un côté, gaz lacrymogène et canon à eau de l’autre. Ce ne sont que les dernières d’une série de manifestation importantes et souvent explosives depuis décembre 2025, déclenchées par la chute de la vice-Première ministre, Belinda Balluku, visée par des accusations de corruption. Derrière elle, c’est Edi Rama du Parti socialiste, descendant du Parti des travailleurs d’Albanie d’Enver Hoxha, qui est visé par les manifestants. Au pouvoir depuis 2013, il a mis en place une politique de privatisation et d’austérité sans précédent, permettant à des patrons proches du pouvoir de s’enrichir considérablement. Sur le plan de la politique extérieur, il a mené une politique d’alignement total derrière Washington, permettant en 2022 l’installation d’un « quartier général avancé des forces d’opérations spéciales ». Depuis le déclenchement du génocide à Gaza, le gouvernement a systématiquement apporté son soutien à l’État israélien, s’abstenant par exemple lors des votes à l’ONU demandant un cessez-le-feu, et criminalisant toute critique contre Israël.

Pour l’instant, les mots d’ordre des manifestations se sont avant tout concentrés sur la corruption du gouvernement, et c’est l’opposition bourgeoise qui est restée à leur tête.

Mais les perspectives de la colère justifiée des classes populaires d’Albanie se trouvent bien au-delà du paysage politique bipolaire et corrompu jusqu’à la moelle du pays. D’autant plus dans un pays marqué par l’émigration massive – entre 5 et 6 millions d’Albanais vivent hors des frontières du pays –, les regards peuvent se porter sur le contexte social dans toute la région : deux mouvements sociaux énormes en moins de trois ans en Serbie, des manifestations massives contre la corruption en Roumanie et en Bulgarie, la défaite d’Orban en Hongrie, qui fait suite à des manifestations massives, et plusieurs journées de grève générale en Grèce suite à l’accident ferroviaire mortel de 2023. Une série de mobilisations populaires que certains ont déjà qualifié de « printemps des Balkans ». Dans ce contexte régional bouillonnant, chaque nouveau coup de colère pourrait mettre le feu aux poudres et provoquer un embrasement social régional. On ne peut que l’espérer !

Dima Rüger