Prise en tenaille entre la chape de plomb du régime et les agressions internationales, la classe ouvrière iranienne est l’une des plus combatives du Moyen-Orient.
Une tradition d’organisation
Dans les années 1980, la République islamique a difficilement écrasé les conseils ouvriers (shoras), organes parfois puissants issus de la révolution de 1978-1979, en les remplaçant par des institutions de collaboration de classe, les « shoras islamiques ». Mais elle n’a pas pu écraser toute forme de contestation et d’organisation, avec des comités de lutte, des associations de travailleurs, voire des syndicats tolérés par intermittence, comme, depuis les années 2000, celui des travailleurs des bus de Téhéran, Vahed.
Et une nouvelle vague de contestation
Depuis 2016, l’Iran a connu une vague de grèves d’abord dispersées, puis peu à peu synchronisées. Le mouvement de 2018-2019 contre le coût de la vie a ainsi démarré par des grèves des routiers qui se sont étendues dans l’enseignement et l’industrie.
La grève de 2020 des travailleurs précaires du pétrole et de la pétrochimie pour les salaires, le logement, la santé et la sécurité de l’emploi, s’est étendue en 2021, à des raffineries, complexes pétrochimiques, centrales électriques et usines, avec des mobilisations parfois coordonnées à l’échelle nationale, paralysant des secteurs clés. Des grèves ont éclaté la même année dans les hôpitaux contre les conditions de travail et la gestion du Covid.
En août 2024, la mort d’épuisement d’une infirmière de Sepidan, Parvaneh Mandani, a déclenché des grèves et manifestations contre la surcharge de travail, pour l’augmentation des salaires, le paiement des heures supplémentaires, contre la pénurie de personnel et la précarité, malgré la répression.
Celle-ci reste sévère : menaces de licenciement, attaques violentes de miliciens, arrestations et condamnations lourdes, jusqu’à la peine de mort, comme pour Sharifeh Mohammadi, militante du Comité de coordination de l’aide à la formation d’organisations de travailleurs, condamnée en 2024. Lors du mouvement de décembre et janvier derniers, des grèves ont néanmoins éclaté dans la mine d’or de Zareh Shuran, sur des plateformes pétrolières offshore, dans des gares et dépôts ferroviaires de Téhéran, des usines sucrières du Khouzistan, des hôpitaux de nombreuses villes…
Inflation, bas salaires, retards de paiement et privatisations alimentent ces mobilisations, qui se transforment en contestation politique du régime.
Jean-Baptiste Pelé
Sommaire du dossier du numéro 56 de Révolutionnaires
- Le 1er mai, journée internationale de lutte de la classe ouvrière
- Face à Trump et au patronat américain : vague de grèves dans la principale puissance impérialiste
- Contestation sociale et politique en Iran
- République démocratique du Congo : la colère remonte des mines
- De la flambée des prix… à la flambée des luttes ?
- Changer le monde : plus qu’un vieux rêve, une perspective internationaliste d’actualité