Le 1er mai 2026 n’est-il qu’un écho affaibli d’un glorieux passé, ou les luttes des travailleurs et travailleuses renferment-elles toujours un potentiel révolutionnaire, pour changer le monde ?
L’une des principales limites de nos luttes, c’est qu’elles restent le plus souvent enfermées dans les frontières nationales, avec le concours actif de la très grande majorité des organisations traditionnelles qui prétendent défendre les travailleurs. Pire encore, ces dernières ont tendance à opposer les travailleurs des différents pays les uns aux autres, comme dans le cas de luttes contre les licenciements, où elles réclament le rapatriement de productions dans des frontières nationales, au lieu d’en appeler à la lutte par-delà les frontières.
Des regroupements internationaux existent comme la Confédération des syndicats européens (CSE) ou la Confédération syndicale internationale (CSI), mais ils ne cherchent aucunement à coordonner les luttes.
Pourtant, quel que soit le pays, les travailleurs font face aux mêmes attaques et, souvent, aux mêmes patrons. Ainsi, Peugeot, Opel, Citroën, Fiat, qui disposent d’usines dans tous les pays européens et sur quasiment tous les continents, font partie du groupe Stellantis. À l’heure où les constructeurs automobiles annoncent d’énormes licenciements et des fermetures d’usines entières, comme celle de Poissy en région parisienne, un appel à la lutte dans l’ensemble du groupe permettrait de donner d’autres perspectives.
Quelquefois, une lutte de travailleurs dans un pays devient particulièrement emblématique, et des travailleurs d’autres pays commencent à en discuter. Cela a été le cas lorsqu’en 2023 les travailleurs américains se sont mis en grève simultanément dans les « Big three » (Ford, General Motors et Stellantis), les trois principaux constructeurs automobiles du pays. Il est certain qu’un appel aux travailleurs européens à rejoindre la lutte, au moins dans le groupe Stellantis, aurait rencontré un écho.
Lorsque les patrons ne sont pas les mêmes, les attaques que subissent les travailleurs dans le monde le sont. On peut ainsi penser aux différentes « lois travail », mises en place par Macron quand il était ministre de Hollande, notamment en 2016. Au même moment, en Italie, le gouvernement de Matteo Renzi mettait en place les « Job acts », contenant exactement les mêmes attaques. Dans les deux pays, d’importantes grèves et manifestations ont eu lieu, mais aucune organisation syndicale n’a cherché à établir de lien.
Plus récemment, toujours en Italie, deux journées de grève et de manifestations massives ont été organisées par une partie du mouvement syndical les 22 septembre et 3 octobre, sous le mot d’ordre « Bloquons tout » contre le génocide à Gaza et le militarisme, avec la participation de 2 millions de personnes. Une preuve, tout comme le mouvement de solidarité avec Gaza qui a touché tous les continents, que notre classe peut répondre en nombre quand des perspectives et des aspirations internationalistes lui sont proposées.
Édouard McBeyne
Sommaire du dossier du numéro 56 de Révolutionnaires
- Le 1er mai, journée internationale de lutte de la classe ouvrière
- Face à Trump et au patronat américain : vague de grèves dans la principale puissance impérialiste
- Contestation sociale et politique en Iran
- République démocratique du Congo : la colère remonte des mines
- De la flambée des prix… à la flambée des luttes ?
- Changer le monde : plus qu’un vieux rêve, une perspective internationaliste d’actualité