Nos vies valent plus que leurs profits

Médias : l’IA contre les journalistes ?

Les grévistes d’Infopro Digital dénoncent le PSE annoncé par la direction.

Mercredi 6 mai, environ 90 journalistes des rédactions du groupe Infopro Digital (dont La Gazette des Communes, LSA, L’Usine nouvelle, Le Moniteur, etc.) ont voté une première grève de deux jours pour le retrait du plan de licenciements de la direction. Celle-ci prétexte l’introduction de l’IA pour supprimer 19 postes de secrétaires de rédaction – ces journalistes qui relisent, vérifient et valorisent les informations des articles. Au-delà des seuls salariés directement attaqués, ce sont tous les métiers des rédactions (rédacteurs, maquettistes, iconographes) qui répondent en se défendant ensemble, tous magazines confondus.

Les grévistes dénoncent une attaque totalement injustifiée, pour une entreprise qui encaissait 146 millions de bénéfices en 2025 avec un insolent taux de marge brute supérieur à 27 %. Bloquer – ou du moins dégrader – les bouclages des différents magazines coûte à l’entreprise jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros d’encarts publicitaires.

Une façon de rappeler que « les salariés ne sont pas des variables d’ajustement », comme le stipulent les grévistes dans un tract. Le bon moment pour relever la tête face à une chefferie qui, en plus de geler les salaires depuis de longues années, dégrade sciemment les magazines en fermant des postes à chaque départ. Si les journalistes « ne sont pas opposés à l’IA », celle-ci ne doit priver personne d’emploi. En automatisant certaines tâches, les travailleurs devraient dégager du temps pour mieux accomplir les autres. Le patronat fait le choix inverse en dégageant les salariés et reportant leur charge de travail sur les collègues restants.

La même semaine, la direction du quotidien sportif L’Équipe annonçait un plan d’automatisation par l’IA qui ouvrirait la porte à des licenciements, malgré un sous-effectif dénoncé depuis des années. Même réaction des rédactions le 8 mai pour bloquer la parution de l’édition du week-end – la plus lue. Avant elles, la rédaction de La Tribune entrait aussi en grève pour lutter contre une trentaine de licenciements.

Le progrès technique doit servir à améliorer les conditions de travail des salariés, pas à augmenter leur exploitation par leur patron. Cela ne s’imposera qu’au prix d’un vrai rapport de force, qui demandera bien plus d’une ou deux journées de grève : un véritable mouvement d’ensemble.

Correspondant