Nos vies valent plus que leurs profits

Résultats Parcoursup et Mon Master : selection-sociale.gouv.fr

Les résultats de Parcoursup et Mon Master commencent à tomber. Comme chaque année, des milliers de jeunes seront laissés sur le carreau, ou pris seulement dans des filières qu’ils n’avaient pas demandées. Le ministre de l’Enseignement déclare alors cyniquement : « Vous ne jouez pas votre vie ! »

En 2025, près d’un tiers des jeunes ayant postulé sur la plateforme n’étaient inscrits nulle part à la rentrée. Le rapport de l’Assemblée nationale le dit : il y a des « inégalités socio-culturelles préexistantes que le fonctionnement de Parcoursup contribue à reproduire sans les corriger, voire à aggraver ». Et pour cause : le lycée d’origine entre en compte dans les affectations, et avec lui l’endroit où l’on vit et donc le revenu des parents. Quant aux lettres de motivation, projet de formation, expériences extrascolaires, tout cela sert l’usine à stress de Parcoursup où l’élève doit apprendre que rien n’est acquis et que ses études dépendent de si son CV est plus vendeur que d’autres, sur un algorithme opaque.

Ni les coupes budgétaires, ni l’augmentation générale des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, ni les centaines de places supprimées à Lille, Rouen ou Toulouse ne vont changer cette situation. L’exclusion des enfants de travailleurs des études supérieures commence dès le collège. Direction les formations professionnalisantes adaptées aux « métiers qui recrutent » via les réformes des bacs pro et la généralisation de l’alternance, ou direction l’armée. Pour ceux qui iraient à la fac, Parcoursup n’est que la première épreuve. Seule la moitié des L1 passent en L2. L’origine sociale et le nombre d’heures salariées en dehors des cours sont les deux facteurs déterminants de l’échec à la fac.

Ce tri social encourage les filières privées, accueillant aujourd’hui un quart des étudiants (deux fois plus qu’au début des années 2000), accessibles à condition d’hériter d’un portefeuille bien rempli, et qui ont leur part d’arnaques et de diplômes bidons. De plus en plus de jeunes s’endettent, avant même l’arrivée dans le supérieur, pour pouvoir payer ces formations privées ou pour payer le loyer à côté de filières publiques. Près de 300 000 étudiants ont des prêts à rembourser, un bon moyen d’enrichir les banques sur la précarité de ceux qui tentent de faire des études.

À chaque rentrée, des collectifs de sans-facs contestent les refus à l’université. Par la lutte, ils arrivent à arracher des inscriptions. En 2006, le mouvement contre le CPE a contraint le patronat à remballer sa réforme de l’emploi des jeunes. En 2019, la contestation a poussé plus de la moitié des facs à ne pas appliquer les frais différenciés pour les étudiants étrangers. Si le gouvernement remet ces attaques au goût du jour, à nous de remettre les luttes sur la table.

Uma Daunai