Le lundi 22 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait que les missions d’inspection de la gendarmerie et de la justice sur l’« affaire Lyhanna » (cette enfant de 11 ans, violée puis tuée, et son corps découvert dans un silo à grains le 4 juin) concluaient à une « chaîne de protection [qui] avait failli » mais ne devrait « cependant pas conduire à jeter l’opprobre ni sur la gendarmerie nationale ni sur l’autorité judiciaire dans leur ensemble ». Et d’ajouter qu’il faudrait « en tirer toutes les conséquences, y compris individuelles ». Lecornu ne veut probablement pas la démission de Darmanin, plutôt la traque de quelques boucs émissaires parmi les petites pointures de la police et de la magistrature. Et qui peut croire que les 70 000 dossiers non traités à ce jour pourraient l’être d’ici le 14 juillet ? Ou que les trois millions de plaintes déposées auprès de la police et la gendarmerie pourraient remonter rapidement aux parquets ?
Après la marche blanche de 6000 personnes, le 7 juin, dans le Gers, des milliers de personnes ont continué à se rassembler devant des tribunaux, une vague d’émoi légitime mais qui, par son ciblage de la justice et de la police, pour dénoncer leur défaillance ou manque de moyens, offre un terrain de choix aux champions du « tout sécuritaire » dans le pays, au premier rang desquels l’extrême droite. En sirotant du champagne à Monaco, Jordan Bardella criait à « l’effondrement du système judiciaire et à l’autorité bafouée ». Bruno Retailleau propose de contraindre « les individus les plus dangereux » à une « castration chimique ». Et d’en appeler, dans ces milieux, à la « peine de mort pour les pédos »…
Dans les marches blanches et rassemblements, des pancartes d’un autre bord étaient présentes, demandant l’application d’une « loi intégrale » concernant « l’ensemble de la chaîne de violences, de leur prévention à leur répression ». Ses 79 articles (dont le dernier porte sur son financement par une taxe supplémentaire sur le tabac !), ont été déposés en décembre 2025 par une députée socialiste, dans une démarche « transpartisane » associant des députés de droite. Elle est portée par des associations et collectifs féministes et s’inspire d’une législation espagnole qui aurait fait baisser le nombre des féminicides.
Mais qui dit loi, dit recours à des institutions qui sont là pour défendre la propriété privée et l’ordre social au service de la classe bourgeoise, plutôt que traiter des questions de société ou de « vivre ensemble ». Les institutions policières et judiciaires sont expéditives contre les écarts de jeunes de banlieue voire les interventions de militants syndicaux contestant l’exploitation patronale, elles sont en revanche défaillantes contre les coupables d’agressions sexuelles. Macron avait présenté comme cause nationale de son quinquennat les violences faites aux femmes, mais des maternités sont fermées, des subventions aux associations venant en aide aux femmes supprimées, les budgets de services utiles à la population réduits. Oui, il faudrait des moyens pour l’éducation, pour les hôpitaux, pour le social ! Pas pour les flics et les juges !
Et le capitalisme, à savoir un système où les puissants et les riches imposent leur exploitation du travail humain, s’appuie sur un système patriarcal qui fragilise les enfants et les femmes. Les violences sexistes et sexuelles s’exercent pour la plupart dans le secret et le silence des familles, protégées par des institutions qui précisément montent au pinacle « famille » et « patrie » ! Ce n’est pas de là que viendra l’écoute et la protection des enfants et des femmes. La vraie révolution viendra d’en bas, de la solidarité agissante d’associations et partis militant pour l’émancipation sociale et du genre humain… de tous les genres humains !
Marina Kuné