Nos vies valent plus que leurs profits

Decathlon : la direction balbutie, les salariés remontent sur le ring

 

 

Les grèves ont été rares au cours des 50 ans d’existence de Decathlon. Mais les journées de grève du 6 et du 8 juin dernier, dans les magasins puis les entrepôts, ont largement exprimé le ras-le-bol de salariés sous-pression. Alors que tout le monde tire la langue depuis des mois face à des objectifs de productivité constamment en hausse, l’annonce par la direction qu’elle ne reporterait pas la hausse du Smic du 1er juin sur l’ensemble des salaires – qui chez beaucoup de salariés ne se situent guère au-dessus – a été le détonateur d’une colère qui grossissait.

Et depuis ? C’est un drame en plusieurs actes qui se joue du côté de la direction, tandis que dans les allées des magasins et les travées des entrepôts, on sort le pop-corn.

Réunion du CSE central le 11 juin. Le directeur général entre en proclamant qu’on ne discutera pas de la question de la rémunération. Départ de l’ensemble des organisations syndicales, qui annoncent qu’elles ne participeront plus à aucune négociation tant que le sujet ne sera pas sur la table.

Mardi 16 juin. Sur plusieurs sites, on célèbre avec cotillons et petits fours les 50 ans de la boîte. La direction monde en profite pour annoncer que l’entreprise va offrir 2 000 euros en actions à 90 000 salariés dans le monde. Des actions qui seront définitivement acquises en juin 2029, à condition d’être encore dans les effectifs ! Chez les collègues, on plaisante : « Alors, satisfait ? L’essence a pris 20 % là, mais chez Total ils seront peut-être OK si je paie dans trois ans. »

Jeudi 18 juin. Nouveau mail de la direction à l’ensemble des salariés. « Blablabla vous savez qu’on se soucie de rétribuer les performances au plus juste »… et de proposer de revenir exceptionnellement jusqu’en août sur le nouveau calcul de la prime mensuelle qui a globalement fait s’effondrer partout le niveau des primes. Encore raté. Mais ce nouveau balbutiement montre surtout que c’est le moment d’insister : ce ne sont pas des primes ou des actions dont on a besoin, mais d’un salaire qui suive l’inflation.

Et l’argent, il est là ! 910 millions de bénéfice net l’an dernier, en hausse de 16 %. La direction refuse d’augmenter les salaires pour préserver, dit-elle « l’équilibre économique » et « ses capacités d’investissement ». Mais le 20 juin, on apprend que les actionnaires (la famille Mulliez) ont décidé de se verser 454 millions d’euros de dividendes pour l’exercice 2025.

Alors samedi prochain 27 juin, les salariés sont prêts pour le deuxième round.

Correspondante