Après la signature le 17 juin du protocole de fin de conflit, par le président iranien Pezeshkian depuis Téhéran, et par Trump depuis le château de Versailles, des négociations entre les États-Unis et l’Iran ont débuté le 21 juin en Suisse. Elles doivent, sous soixante jours, aboutir à un accord définitif, sous médiation du Pakistan et du Qatar.
Un protocole tout bénéfice pour le régime iranien
Trump menaçait d’anéantir « toute la civilisation » perse et de ramener le pays « à l’ âge de pierre ». Mais le protocole qui vient d’être signé marque une véritable défaite de sa politique guerrière.
Avec la cessation immédiate et définitive des opérations militaires « sur tous les fronts, y compris au Liban », les États-Unis promettent la fin de « toute menace ou recours à la force », le retrait de leurs forces « des environs de la république islamique d’Iran » et de « s’abstenir de toute ingérence » dans les affaires intérieures. L’accord promet la levée des sanctions économiques, le dégel des avoirs et déblocage des comptes, des dérogations du Trésor américain « pour l’exportation de pétrole brut iranien, de produits pétroliers et de leurs dérivés, ainsi que pour tous les services associés, y compris les opérations bancaires, les assurances, le transport » : un protocole pour le moins favorable à l’Iran.
S’y rajoute la promesse d’un plan « d’au moins 300 milliards de dollars [presque le PIB annuel du pays] destiné à la reconstruction et au développement économique » du pays. Nul ne sait qui le financera : pas le Trésor américain, mais pourquoi pas, évoque la presse, les pays pétroliers voisins. Ce serait une façon pour leurs capitaux de toucher une part des « dividendes de la paix ».
Retour à… l’accord annulé par Trump
En échange, la République islamique « réaffirme qu’elle ne se procurera ni ne mettra au point d’armes nucléaires », s’engage à éliminer ses stocks de matières enrichies et à négocier les suites de son programme. Mais en attendant, elle n’a qu’à maintenir « le statu quo actuel […] et les États-Unis d’Amérique n’imposeront aucune nouvelle sanction et ne déploieront pas de forces supplémentaires dans la région ». Ce n’est rien de plus que l’accord sur le nucléaire, signé en 2015 sous Obama. Mais, malgré les déclarations tonitruantes pour justifier la guerre, le problème était surtout le contrôle du marché pétrolier que la guerre a, au contraire, gravement perturbé.
Le protocole prévoit la levée du blocus naval des États-Unis sur l’Iran, le rétablissement de la circulation dans le détroit d’Ormuz, sans que l’Iran n’y prélève, pour le moment, de droit de passage, et de futures discussions avec les autres États du Golfe.
Négociations et coups de pression
Bien des rebondissements sont encore possibles, l’armada américaine est toujours sur place, menaçant de marchandages à coups de bombes sur la population iranienne. Les premiers accrocs n’ont pas tardé. Le 20 juin, le point de passage stratégique a de nouveau été fermé par l’Iran, avec des menaces de remise en place d’un péage, suite aux attaques israéliennes contre le Liban.
Sur le réseau Truth Social, Trump a répliqué : « Il n’y aura AUCUN PÉAGE dans le détroit d’Ormuz […], à moins qu’il ne soit imposé par les États-Unis d’Amérique […] pour les services rendus comme ange gardien des pays du Moyen-Orient. » Mais montrer les muscles en menaçant au passage ses propres alliés régionaux, ne peut masquer l’échec de son agression de février dernier.
Sur le dos du peuple iranien
Faute d’avoir réussi à renverser le régime iranien pour trouver, dans la dictature elle-même, une équipe de rechange plus docile, Trump bat en retraite, après des milliers de morts, des destructions d’installations industrielles et d’habitations bombardées. Tout en cherchant peut-être demain, voire au cours du nouveau round de négociations qui s’engage, comment avancer au moins ses intérêts économiques dans le pays.
Les dirigeants de l’Iran, les gardiens de la révolution, qui ont la main sur les principales institutions politiques et sur les secteurs clés de l’économie, ne peuvent que se réjouir d’avoir infligé un tel revers à Trump – quitte à accepter de passer sous silence le sort du peuple palestinien dans le protocole.
Les classes populaires iraniennes, elles, paient le prix fort. Entre mai 2025 et mai 2026, l’inflation a atteint 84 %, et même 131 % pour l’alimentation. Depuis le début de la guerre, au moins 2 millions de personnes ont perdu leur emploi… Dans l’immédiat, la dictature iranienne peut sortir renforcée par la déconfiture des États-Unis, y compris s’en servir contre tous ses opposants, ces jeunes et militants syndicaux qu’elle jette en prison à chaque contestation. Mais la colère de la rue, les grèves qui se sont multipliées ces dernières années pourraient bien éclater à nouveau, dans une situation sociale encore pire que celle d’avant la guerre, à la fois contre le régime, ses privilégiés et sa dictature, et contre les États-Unis, responsables de tant de destructions et de l’aggravation des conditions de vie.
Jean-Baptiste Pelé