Nos vies valent plus que leurs profits

Ebola en RDC : les vies humaines valent plus que les «  ressources stratégiques  »

L’épidémie de virus Ebola touchant l’est de la république démocratique du Congo (régions d’Ituri et des Kivus) a franchi le seuil des 1 000 cas confirmés le 21 juin. Cette fièvre hémorragique extrêmement contagieuse et létale (le taux de mortalité des personnes infectées pouvant aller de 25 % à 90 %) est connue depuis 1976 en Afrique centrale. Il n’existe pour le moment ni vaccin ni traitement spécifique, hormis la réhydratation des malades, ce qui suppose qu’ils puissent être hospitalisés. Cette région parmi les plus pauvres au monde est en revanche riche en minerais stratégiques, coltan, cobalt, cuivre, étain et bien d’autres, dont la demande mondiale explose avec le développement du numérique, des véhicules électriques ou de l’industrie d’armement. Une ruée qui explique en grande partie que l’est de la RDC soit en guerre depuis un quart de siècle, sous la coupe de plus de 120 groupes armés différents, dont le plus connu est le M23 parrainé par le Rwanda. Ces groupes sèment la terreur dans la région et exploitent les ressources minières par le biais de creuseurs artisanaux, pour les plus grands profits des multinationales européennes, chinoises ou américaines à qui ces minerais sont revendus.

Au moins 7 millions de déplacés internes à la RDC ont fui ces groupes armés. Ces réfugiés ont bien souvent défriché des zones forestières vierges pour y développer une agriculture de subsistance et ont été exposés au contact avec des animaux sauvages porteurs du virus, comme les chauves-souris. La guerre sans fin dans l’est de la RDC est donc à l’origine de ces flambées épidémiques récurrentes et favorise leur propagation. La région de l’Ituri héberge à elle seule près d’un million de ces déplacés vivant dans des camps surpeuplés. En parallèle, les pays du G7 ont massivement diminué leurs contributions financières à l’aide internationale en santé, au profit des dépenses militaires.

Dans le cadre du capitalisme, la « malédiction des ressources » dont souffre la RDC fait que la richesse du sous-sol ne produit que guerre, misère et souffrance pour les peuples qui y vivent.

Lydie Grimal