Le Sénat a approuvé un texte pour la réparation des « déplacés réunionnais ». De 1963 à 1982, l’État organisa la déportation de 2 000 enfants réunionnais. 10 % des victimes sont recensées.
La DDASS avait l’appui des autorités réunionnaises, de l’ancien Premier ministre Michel Debré et du Bumidom, un organisme d’État qui recruta aussi 70 000 travailleurs réunionnais pour Peugeot, Michelin ou la SNCF. Derrière l’objectif affiché d’un « repeuplement » des villages français par des enfants exilés, l’État faisait pression sur toutes les classes populaires réunionnaises et trouvait une nouvelle main-d’œuvre rurale. Une pierre, deux coups.
À la Réunion, les services sociaux firent signer des formulaires d’abandon aux familles pauvres. Celles-ci crurent les agents promettant que leur enfant reviendrait pour les vacances, avec un diplôme et un bon métier. D’autres signèrent sans savoir lire, pour annuler une dette ou obtenir un logement salubre. Direction la France et les foyers à 9 200 kilomètres. Les autorités organisèrent la défaillance de l’ASE et jetèrent les jeunes en pâture, à bosser dans les fermes où souvent la violence régnait.
Déjà, des voix protestaient : le directeur du foyer, le Parti communiste réunionnais, et très vite, les enfants eux-mêmes. Au silence de la justice s’ajouta l’insulte : l’État fût blanchi de toute responsabilité en 2002. Il fallut 25 ans de combat pour voir reconnaître sa responsabilité morale (2014), avant « réparation » (2026). Mais ni indemnités, ni « commission pour la mémoire », ni hommage national ne « répareront » la férocité de l’impérialisme français. Dans toutes ses colonies et encore aujourd’hui en Kanaky, en Martinique, à Mayotte, il a brisé des familles et les survivants se battent.
Alexis Micshen