À propos de la CGT « Made in France »
Se tenaient cette semaine autour de Grenoble des « assises du made in France », un nom choisi, qui annonçait tout un programme ! Même dans la CGT, ce titre a pu faire jaser… mais on a pu y voir Séverine Dejoux, ex-déléguée syndicale à Vencorex, expliquer combien elle regrettait le rejet du plan de reprise de l’entreprise qu’elle avait concocté avec d’autres syndicalistes. Et de revenir sur la litanie d’interpellations que cette lutte contre la fermeture de son usine avait suscitée : d’abord la recherche d’un bon repreneur (c’est-à-dire un autre patron, mais gentil), puis la nationalisation (parce que le patron le plus gentil, ce serait l’État, sous-entendu dirigé par la gauche, tout ça la semaine de la mort de Jospin, chef et inspirateur du gouvernement auteur du record de privatisations), enfin ce projet de reprise du site ou des activités. Tout cela en discutant avec le ministère de l’Industrie (le gouvernement), ou le tribunal de commerce (le patronat), et en « négociant » au passage le nombre de travailleurs laissés sur le carreau. Résultat, selon les chiffres même de la CGT : on en est à 546 plans de suppressions d’emplois engagés entre 2023 et mars 2026, équivalant à 130 000 emplois en moins dont 60 000 dans l’industrie.
La lutte à Vencorex avait bien démarré par une grève avec occupation. De réelles questions sur l’organisation de la production s’étaient posées aux travailleurs de l’entreprise, et même le problème de s’adresser aux autres entreprises de la chimie avait été évoqué.
Lors de ces fermetures d’entreprises, nos perspectives de lutte sont lointaines ? paraissent utopiques ? peut être… mais pas plus qu’un changement de politique du ministère de l’Industrie ou du tribunal de commerce, ce à quoi concluent souvent les syndicalistes… Imaginer qu’un bon gouvernement de gauche pourrait peser sur des institutions conçues par et pour la bourgeoisie, c’est ne pas comprendre la nature de classe de l’État, et semer des illusions à son sujet. D’autant plus que ces illusions ne sont pas exemptes de préjugés nationalistes sur « notre » industrie, « nos » compétences. Plutôt que défendre les intérêts de notre bourgeoisie sur les cinq continents, nous devons défendre nos perspectives internationalistes au cœur des entreprises, attentifs aux intérêts des travailleurs de tous les pays, car nous appartenons à la même classe ouvrière.