Le 12 avril, 27 millions de Péruviens étaient appelés à voter pour le premier tour de l’élection présidentielle. Parmi les 35 candidatures, il y avait de tout, de l’humoriste Alvarez, spécialiste dans la parodie des personnages politiques, qui ne s’est pas trouvé moins digne que ceux-ci, au lobby de la drogue, sous la bannière de la feuille coca : tout, sauf des représentants de la classe ouvrière.
Une élection éloignée des problèmes du prolétariat
Les travailleurs se sont massivement déplacés, non par intérêt pour une élection qui ne change rien à leurs problèmes quotidiens, mais parce que les abstentionnistes écopent d’une lourde amende. Des émeutes se sont produites dans les quartiers défavorisés, où le matériel électoral n’est pas arrivé à temps : après des heures de queue, les électeurs impatients ont chargé les portes d’un bureau. L’organisme en charge de l’élection a fini par en annoncer la fermeture, sans pénalité pour les non-électeurs. Ouf, la démocratie est sauvée ! L’entreprise responsable de l’acheminement du matériel, dont le contrat a été fixé par le très droitier Aliaga, ancien maire de Lima, n’a peut-être pas abandonné ces bureaux par hasard !
Des sondages indiquent que le tiers des abstentionnistes vient des quartiers riches. Pourquoi les millionnaires du centre financier de San Isidore sortiraient-ils de leurs manoirs et prendraient le risque de croiser des Noirs ou des Amérindiens ? Ils savent que leur pouvoir ne dépend pas des scores électoraux. Les conditions d’extraction de l’or, du cuivre, du lithium sont garanties, non par l’État mais par des mafias qui trouveront un terrain d’entente avec le gouvernement, quel qu’il soit.
Et le vainqueur est…
Les lois électorales veulent que chaque dépouillement se fasse en présence d’un membre de chaque parti présentant un candidat. C’est-à-dire que 35 personnes sont censées contrôler chaque voix. On comprend que plusieurs heures après la fermeture, on ne sait toujours pas qui seront les candidats au second tour. Il semble toutefois que Keiko Fujimori, la fille du tyran qui a fait disparaître dans les fours crématoires les corps de milliers de paysans andins, assassinés par ses hommes de main dans les années 1990, ait obtenu son ticket pour le second tour. Elle a choisi cette journée électorale pour se recueillir sur la tombe de son père, donnant l’occasion aux dizaines de médias qu’elle possède de braquer les projecteurs sur elle.
Gagnera-t-elle le second tour ? Elle aura, en tous les cas, les moyens de poursuivre la dictature parlementaire commencée en décembre 2022. République parlementaire ou présidentielle, républicaine ou libérale, les riches, tant qu’ils restent les propriétaires, gardent le pouvoir. À la classe ouvrière de se faire entendre.
14 avril 2026. Louis Dracon