Nos vies valent plus que leurs profits

La famille n’est plus ce qu’elle était… et changera encore !

La famille n’a pas toujours existé, et encore moins telle nous la connaissons aujourd’hui. Les formes d’organisation de la parenté ont varié selon les époques et les sociétés. Quant à la famille  « nucléaire » – composée d’un couple vivant seul avec ses enfants –, elle est le produit, relativement récent, du développement de la société industrielle.

L’apparition et le développement de la famille sont liés à l’apparition des sociétés de classes et de la propriété privée. Quand l’accumulation des richesses est devenue possible, la question de leur transmission s’est alors posée ! C’est la famille qui en a fourni le cadre, tant pour le patrimoine que pour le pouvoir. La volonté des hommes de s’assurer un descendant « légitime » s’est traduite par un contrôle très strict de la sexualité des femmes.

Dans les sociétés précapitalistes, la famille était au centre de l’économie, en particulier à la campagne où elle réunissait plusieurs générations sous un même toit. Les rapports familiaux étaient donc étroitement liés à l’organisation du travail.

Mais la révolution industrielle des XVIIIe et XIXe siècles a tout bouleversé. La production s’est progressivement transférée vers les manufactures puis les usines, où les travailleurs sont rassemblés indépendamment de leurs liens familiaux. Le travail salarié dans de grands ateliers mécanisés devient la forme dominante d’organisation de la production. Les femmes entrèrent en masse sur le marché du travail et n’étaient donc plus cantonnées au foyer, ce qui a fait éclater la division genrée du travail. La famille cessa alors d’être l’unité fondamentale de la production.

Mais elle n’a pas disparu pour autant : le capitalisme a dissous la famille élargie avec plusieurs générations sous le même toit pour ne laisser subsister que la famille nucléaire. À travers l’école, le droit, la religion ou la culture, la famille bourgeoise est présentée comme l’horizon normal de l’existence. Les grands romans du XIXe siècle placent ainsi le mariage, la famille et l’héritage au cœur de la vie sociale. Et c’est encore le cas aujourd’hui dans bien des livres, films et séries !

Cadre privilégié de transmission des privilèges, des valeurs dominantes du capitalisme et des hiérarchies héritées des sociétés de classes, la famille est donc l’un des piliers de la société capitaliste.

Martin Eraud

 

 


 

 

Sommaire du dossier paru dans Révolutionnaires no61

Famille : cocon ou carcan ?