En France, chaque semaine, un enfant meurt sous les coups de ses parents. En ce qui concerne les violences sexuelles, les chiffres sont tout simplement hallucinants : chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, dont 77 % au sein de la famille. 5,4 millions des femmes et des hommes adultes en ont été victimes dans leur enfance. Les filles sont davantage touchées puisque, avant l’âge de 18 ans, 35,7 % des femmes déclarent avoir été agressées par un membre de leur famille, contre 21,6 % des hommes. L’écrasante majorité des agresseurs – 96 % ! –, sont des hommes : les pères, les grands-pères, mais aussi les oncles et les frères.
La famille, vantée dans notre société comme un refuge contre les violences extérieures, est donc bien souvent le principal terrain de celles-ci. La grande majorité des violences sexuelles a lieu dans la famille ou dans le couple. Les conséquences traumatiques sont très importantes, a fortiori quand l’enfant est très jeune. La dépendance, matérielle mais aussi affective, des enfants vis-à-vis de leurs parents les rend particulièrement vulnérables.
Pour soumettre la victime à son autorité, l’incesteur est souvent prêt à toutes les extrémités. Il n’hésite pas à user du lien affectif pour minimiser ses agissements et pousser sa victime au silence. L’enfant est alors réduit au statut d’objet. Dans la plupart des cas, la victime ne parle pas de ce qu’elle a subi, à cause de l’emprise que l’agresseur exerce sur elle ainsi que de sa crainte d’être rejetée par sa famille. Le climat incestuel instauré par l’agresseur empêche la remise en question de ses actes. Le silence est roi dans les familles incestueuses, ce qui rend possible les violences futures. Il n’est d’ailleurs pas rare que ces comportements soient répétés au fil des générations.
Face à ce phénomène d’ampleur, qui constitue une des formes les plus aiguës de la violence patriarcale, les institutions étatiques se révèlent incapables de répondre aux besoins des enfants. Le #MeTooInceste en 2021 a provoqué une onde de choc. Une enquête portée par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a fait un rapport alarmant. Cependant, il ne suffit pas de tirer la sonnette d’alarme : il faut des moyens pour protéger les enfants victimes et les extraire de leur famille. Des structures capables de les accueillir dans de bonnes conditions n’existent quasiment pas, à cause des restrictions budgétaires imposées par le gouvernement – dont la priorité reste toujours la défense des plus riches et jamais celles des plus vulnérables. Le système judiciaire, notamment par le biais de la prescription, laisse ces crimes quasi systématiquement impunis. La droite et l’extrême droite profitent de la situation pour réclamer la peine de mort ou la castration chimique pour les hommes violents… tout en chantant les louanges de la famille patriarcale et de ses valeurs. Cette démagogie hypocrite montre bien qu’une surenchère répressive ne suffira pas à extirper le mal à la racine, à savoir l’institution familiale et le pouvoir démesuré des hommes en son sein.
Orianne Liturri