
On pensait la panoplie répressive déjà conséquente, mais les députés ont toujours de la ressource. Le 10 avril, l’Assemblée nationale a voté un nouvel arsenal contre les « free parties » (rassemblement de musique électronique organisés par des bénévoles) : saisies de matériel sonore facilitées, amendes record, et surveillance accrue. Emmerder des jeunes qui dansent dans un champ après une semaine de galère : sacrée priorité politique… malheureusement pas neuve.
Ridiculisé par sa gestion calamiteuse du Covid, le gouvernement envoyait 400 gendarmes défoncer une free party à Redon en juin 2021. 1500 jeunes pacifiques se faisaient attaquer en plein milieu de la nuit. Après trois heures de violence policière, un jeune se faisait arracher une main.
Au lit la loi
L’absurdité de cette nouvelle loi pique les yeux. Pour la majorité et la droite, dès que la fête n’est pas payante, encadrée par des vigiles et facturée 15 euros la pinte, elle devient « suspecte », « de gauche » ou « militante ». On criminalise les espaces alternatifs sous prétexte de « nuisances », alors que l’on tolère des pollutions industrielles bien plus graves au quotidien.
L’État affirme décider de l’heure à laquelle éteindre les lumières et des décibels autorisés pour décompresser. À ce rythme, on attend avec impatience qu’ils s’attaquent avec la même vigueur à la buvette de l’Assemblée nationale, parce que, niveau « troubles à l’ordre public », volume trop élevé et comportements irrationnels, ils se posent là.
Réprimer et monnayer
Dans leur monde, tout doit être policé, étiqueté et rentable. Le simple fait de faire la fête sans leur demander la permission est perçu comme un acte insupportable.
En réalité, cette traque au caisson de basse montre la petitesse de cette Assemblée minable mais aussi le visage de la société qu’ils fantasment. Une société où même les quelques moments de détente, de fête et de liberté sont remis en question s’ils ne rentrent pas dans les clous de leur morale étriquée, visage d’un système qui ne sait plus que réprimer ce qu’il galère à monnayer.
Si la fête dérange leur morale, alors continuons de les déranger. Cette loi n’empêchera aucun déhanchement : et les députés sont des habitués de l’échec. Puisqu’ils veulent régenter les moindres moments de joie, la conclusion s’impose d’elle-même : pour libérer nos nuits, sans flics ni patrons pour nous dire quand aller au lit, il faudra renverser la bourgeoisie ! Il faut passer à l’action : les empêcher de dormir et de nuire !
Kam Belkacem