Nos vies valent plus que leurs profits

Livraison pas si express

Lorsqu’il fait plus de 30 °C, la température des rails peut facilement atteindre 55 °C, voire plus. Cette chaleur entraîne rapidement la dilatation du fer et donc la fragilisation du réseau ferré. Au fret, les trains peuvent rapidement atteindre plus de 2000 tonnes et quand ils passent sur ces rails déjà fragilisés, les voies se peuvent se tordre et se déformer, avec des risques de déraillement au passage, pouvant entraîner des dégâts sur les alentours du train, voire des sur-accidents si d’autres circulations sont présentes à ce moment. Mais même sans en arriver au déraillement, pour faire réparer les voies déformées, c’est une bagarre entre SNCF réseau et la boîte à qui appartient le train… Ce qui résulte en des réparations qui traînent et moins de voies pour travailler. À Châlons-en-Champagne, une voie est interdite en journée au-delà d’une vingtaine de degrés car le rail est trop fragile, ce qui en résulte du travail de nuit uniquement. À Rouen, c’est un faisceau qui se retrouve avec plusieurs voies interdites jusqu’à nouvel ordre. Difficile d’envisager certaines manœuvres quand on nous retire toujours plus de voies ! Pour la direction, pas de problème, on passera par un autre faisceau, quitte à rallonger le temps de desserte, et on prendra avec nous de l’eau, car c’est important de s’hydrater par ces fortes chaleurs. Facile à dire, moins facile à faire quand on a pas à disposition des fontaines à eau fraîche…

En machine, l’électronique des locomotives est aussi sensible à la chaleur, chaque été plusieurs locomotives dysfonctionnent, entraînant des situations à gérer par les conducteurs. Il n’est pas rare que des trains soient supprimés à cause de locomotives ne pouvant plus assurer l’acheminement. Au sol, les agents de manœuvre sont directement exposés au soleil et à la chaleur. De plus, ils sont amenés à préparer les trains, à crocher et à décrocher les wagons entre eux. La ferraille des wagons fait vite monter la chaleur et est brûlante au toucher au bout d’un moment.

Et comme les systèmes de freinage des trains fonctionnent à l’air, en période de chaleur, l’air se dilate et bloque ce système, ce qui résulte en des dégradations du matériel, des déraillements et des départs de feu. En somme, sous cette chaleur, les risques d’accidents se multiplient. Les solutions qu’on pourrait imaginer avaient déjà été appliquées lors du Covid pour ne pas mettre en danger les travailleurs. Les livraisons dites non essentielles avaient été ralenties voire stoppées et les journées de travail avaient été réaménagées. N’attendons pas l’avis des directions et imposons nous-mêmes notre rythme de travail. Hors de question de donner notre vie sous des chaleurs accablantes pour les profits d’un autre !

Correspondant