Nos vies valent plus que leurs profits

Retraite tactique sur le 1er mai : le gouvernement recule pour mieux sauter

Après une semaine de mélodrame parlementaire, Lecornu a finalement fait savoir que la proposition de loi sur le travail le 1er mai était renvoyée à l’année prochaine. Un recul temporaire qui ne clôt néanmoins pas le sujet, le ministre du Travail indiquant que des négociations pouvaient s’ouvrir dans les branches qui le souhaitaient et que la loi finirait par avaliser le contenu de ces accords sectoriels. Stratégie moins tapageuse qu’un passage accéléré au Parlement, mais tout aussi destructrice à terme.

Certes, c’est Pétain qui a transformé cette journée internationale de lutte et de grève en une pâle « fête du Travail », célébration de l’unité impossible entre ouvriers et patrons. Mais les attaques contre le 1er mai n’ont pas pour objectif de liquider l’héritage vichyste. Au contraire, elles cherchent à supprimer le seul jour qui, mis à part certains secteurs comme la santé ou les transports, échappe encore à l’exploitation capitaliste. Aujourd’hui, les petits commerçants peuvent ouvrir le 1er mai mais n’ont pas le droit d’y faire travailler leurs salariés. Beaucoup ne se gênaient pas pour le faire tout de même, jusqu’à ce que la mise en examen en 2024 de cinq boulangers vendéens les fassent tous trembler. Les cinq boulangers ont finalement été relaxés, justice de classe oblige, mais qu’importe, il faut « sécuriser », c’est-à-dire légaliser, les pratiques délinquantes du petit patronat.

Prisca Thévenot, députée macroniste, s’est fait leur porte-parole lors de l’examen du texte : les commerçants peuvent bien ouvrir, mais en pratique « ils devront gérer seuls l’entièreté du travail […] ce n’est pas une liberté, c’est une galère ». Même dans les petites entreprises, il faut des travailleurs pour que cela tourne, étonnant… Et comme dans cette société, la liberté des patrons commence par l’exploitation de leurs salariés, alors que ces derniers triment et galèrent le 1er mai !

Les négociations de branche porteront sur le « volontariat ». Mais quand il faut boucler le mois et que d’illusoires « majorations » sont agitées de partout, peut-on parler de volonté du salarié ? D’autant plus que les rapports de « proximité » (pour ne pas dire de promiscuité) qui ont cours entre employeurs et employés dans bien des petites entreprises risquent vite de transformer les demandes des premiers en volontariat des seconds…

Bastien Thomas

 

 


 

 

Jordan Bardella et sa fiancée Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, sans doute effondrés à l’idée de devoir passer un Premier mai sans leurs domestiques, ont fait monter leurs députés au créneau. Le RN, qui prétend sans rire être « le premier parti ouvrier de France », somme Lecornu d’accélérer sa croisade pour la liberté patronale. Bardella, fils d’un patron des quartiers chics de Montmorency, fiancé d’abord à une Le Pen pour intégrer le clan et désormais à une vraie duchesse, devrait recevoir sa feuille de route lors d’un dîner avec les présidents du Medef le 20 avril. Le serviteur Bardella travaille tous les jours pour les patrons, surtout le 1er mai !