Ce mardi 10 février, Macron est à Dunkerque, sur le site ArcelorMittal de Mardyck. Un prétendu suspens planait sur les annonces que devaient faire, main dans la main, le sidérurgiste, et le président, toujours prêt à servir les intérêts des plus grands capitalistes. Rien de bien neuf sous le soleil en réalité : le sidérurgiste annonce lancer le projet, maintes fois repoussé, de construction d’un four électrique sur son site à Dunkerque, massivement financé par le mécanisme des certificats d’économie d’énergie. L’argent public va servir à financer plus de 50 % de l’investissement de la multinationale, dont les retombées iront directement dans les poches de Mittal et de ses actionnaires, et alors même que le groupe vient de doubler ses bénéfices cette année !
Protectionnisme des profits
Pour faire pression, ArcelorMittal avait gelé son projet de décarbonation à Dunkerque. L’annonce de ce haut-fourneau électrique ne cessait d’être repoussée par le groupe qui rechignait à se lancer tant qu’il n’avait pas obtenu suffisamment de garanties de soutien par l’Union européenne. C’est chose faite avec le plan acier annoncé par Bruxelles l’an dernier, et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), pour « pour protéger le secteur de la concurrence chinoise ».
Autant de mesures saluées par Mittal, à qui la baisse orchestrée des importations, contrainte par la hausse des droits de douane, garantira « un meilleur rendement du capital investi en Europe ». Ces restrictions à la concurrence permettront à ArcelorMittal de vendre l’acier à un tarif plus avantageux dans un marché européen où est anticipé une explosion de la production. Bref, la garantie de profits encore plus juteux, pour un groupe qui vient de doubler ses bénéfices cette année, et sans pour autant l’empêcher de délocaliser. Le groupe vient d’ailleurs d’annoncer un nouveau plan social baptisé « Zenith », avec une vague de départ de ses fonctions support. Alors que Florange vient de subir un plan social, ce seraient cette fois les sites de Maizières, Yutz et Gandrange qui en feraient les frais.
Mittal se fait payer sa décarbonation
Aujourd’hui, le groupe n’avait besoin de Macron que pour qu’il signe un nouveau chèque en blanc. En 2024, Bruno Le Maire avait déjà promis pas moins de 850 millions d’euros d’aide publique. Cette aide représentait près de la moitié du montant de l’investissement total pour ce projet de décarbonation de l’aciérie de Dunkerque – remplacement d’un de ses hauts-fourneaux alimenté au charbon par deux fours électriques et création d’une unité de réduction directe de fer fonctionnant au gaz naturel, et à terme à l’hydrogène.
Mais le projet a été revu à la baisse : un seul four électrique et non plus deux, pas de réduction directe et pas d’utilisation d’hydrogène. Montant total de l’investissement annoncé : 1,3 milliard d’euros. Au final, les capacités de production prévues sont diminuées de moitié par rapport au projet de décarbonation d’origine. Avec un financement public, confirmé par le président lui-même, à hauteur de plus de la moitié du coût… pour un projet dont les retombées iront directement dans les poches des actionnaires du sidérurgiste.
Le chantage à l’emploi continue de rapporter gros
Aucune contrepartie n’est demandée par Macron en échange de cette somme astronomique pour garantir la pérennité, tant écologique qu’économique, du site. La situation de ce pilier du capitalisme mondial n’est pourtant pas à plaindre : le sidérurgiste ArcelorMittal a publié jeudi un bénéfice net de 3,15 milliards de dollars pour 2025, contre 1,34 milliard en 2024 ! L’action du groupe a atteint début 2026 un de ses plus hauts niveaux depuis une quinzaine d’année.
Ces profits, les actionnaires les doivent aux milliers de travailleurs et travailleuses du groupe qui triment 24 heures sur 24, font les trois huit et laissent leur santé et parfois jusqu’à leur vie au travail pour produire cet acier qui rapporte tant.
Comment sont remerciés ces salariés ? Contrairement au bénéfice, les salaires n’ont pas doublé. Ils ont même diminué si l’on tient compte de l’inflation : aucune augmentation générale en 2024 ; 0,9 % en 2025. De plus, 608 postes viennent d’être supprimés en France et la délocalisation des fonctions support doit se poursuivre en 2026.
Au prix de la santé et de la vie des travailleurs de l’acier
Sur le plan de la santé et de la sécurité au travail, les manquements à la réglementation sont nombreux dans les usines de Mittal. À Fos-sur-Mer et à Dunkerque, deux scandales sanitaires ont éclaté ces dernières années. À Fos, l’inspection du travail a dû brandir la menace de la fermeture de l’aciérie pour que les salariés soient enfin équipés de protections respiratoires contre les poussières cancérogènes. À Dunkerque, près de 400 travailleurs ont été exposés à l’amiante sans aucune mesure de prévention alors qu’ils fournissaient un travail acharné pour reconstruire le haut-fourneau qui venait de subir un incendie lié à un manque criant d’entretien.
Pour ces milliers de travailleurs et travailleuses qui mettent chaque jour leur santé en danger pour produire l’acier, Macron n’a pas eu un mot. Pas même pour faire cesser les pratiques illégales du sidérurgiste.
Rien d’étonnant. Les travailleurs et travailleuses n’ont rien à attendre des capitalistes et des dirigeants à leur service. De même que la nationalisation sans rapport de force favorable ne servira qu’à mieux socialiser les pertes, les visites présidentielles sans véritable contexte de mobilisation ne peuvent avoir pour effet que de servir la soupe à Mittal.
Le seul horizon est donc celui d’une mobilisation qui permettrait d’imposer des solutions réellement au service de la population : le maintien des emplois, l’augmentation des salaires et la décarbonation complète du site – qui émet actuellement 15 % des émissions industrielles françaises à lui seul.
Camille Decaux
