
Jeudi 5 mars, des dizaines de milliers de lycéennes et de lycéens en Allemagne ont à nouveau fait grève contre la réintroduction du service militaire – une réussite après la première journée de grève en décembre, pour laquelle environ 55 000 jeunes étaient descendus dans la rue dans une centaine de villes du pays.
La première date de grève avait eu lieu le jour du vote de la loi qui réintroduit une forme de service militaire après sa suspension en 2011. Volontaire, en un premier temps, mais en incluant la possibilité d’un passage à un service obligatoire. L’objectif est d’augmenter les effectifs de la Bundeswehr de 80 000 soldats dans les prochaines années, avec comme appât un salaire brut de 2700 euros, des aides pour le permis, ainsi que les avantages déjà existants pour les soldats, pour l’accès aux études ou la gratuité des transports.
Et, dès le 1er janvier 2026, des formulaires de recensement pour la génération 2008, obligatoires eux. Sur les réseaux, malgré les menaces en cas de non-réponse, des jeunes ont déjà appelé à une sorte de mini-boycott : refuser de remplir le premier formulaire, et a minima forcer l’État à renvoyer un recommandé.
Et comme le gouvernement a le sens du timing, le « chargé de la défense militaire » du gouvernement, le chrétien-démocrate Otte, rendait son rapport devant le Bundestag un jour avant la grève et confirmait bien les craintes des jeunes : malgré un record de recrues en 2025 – 25 000 nouveaux soldats – il s’est plaint d’une croissance trop lente pour atteindre 260 000 soldats de plus d’ici 2030, insistant lourdement sur le fait que si les carottes ne marchent pas, ce sera le fouet du service obligatoire.
« Les riches veulent la guerre, les jeunes un avenir ! »
Depuis le 5 décembre, les lycéennes et lycéens ont continué à s’organiser. Parfois de manière informelle, par les réseaux, parfois en « comité de grève » par lycées. Le 14 février, un « comité central de grève lycéenne » réunissait plus de 250 délégués lycéennes et lycéens ainsi que certains militants ou jeunes enseignants, à Gelsenkirchen (dans la Ruhr). Dans de nombreuses grandes villes, des « comités régionaux » ont embrayé, et des diffusions de tracts, collages, et autres se sont multipliés. Une campagne dynamique pour préparer la grève, à laquelle nos camarades du RSO (Organisation socialiste révolutionnaire), ont participé activement.
Le 5 mars même, les chiffres montrent une réussite au moins aussi importante que le 5 décembre : des grèves et manifestations dans plus de 140 villes du pays avec plus de 50 000 lycéennes et lycéens en manifestation. À Berlin, les organisateurs annoncent 10 000 manifestants, à Hambourg plusieurs centaines se sont retrouvés en pleines vacances, après une première manifestation « anticipée » de 3000 personnes le 20 février. Dans de nombreuses villes moins grandes, comme Lübeck et Mannheim, plusieurs centaines de lycéennes et lycéens ont défilé.
Les slogans principaux étaient explicitement politiques : « Les riches veulent la guerre, la jeunesse un avenir ! », « Pas un homme, pas un centime, pour la Bundeswehr ! », ou encore, avec plus d’humour, « J’ai des compétences, j’ai un caractère, j’ai pas besoin d’un uniforme ». Humour dont la police berlinoise n’a pas saisi les finesses, puisqu’elle a arrêté un adolescent avec une pancarte – moins politique certes – « Merz, suce des couilles ! », avant de devoir interdire ce même slogan repris par des centaines de jeunes.
Et maintenant ?
Un prochain « comité central de grève » est prévu le 18 avril, à Essen, et une nouvelle date de grève est appelée pour le 8 mai. Une date lourde de sens, mais qui reste dans une perspective de « saute-mouton », même si elle est moins lointaine qu’après la première grève. Avant le 5 mars, le discours d’une partie des principaux organisateurs se montrait pessimiste, sur les perspectives – la loi étant déjà votée – et le probable succès d’une nouvelle grève. L’enthousiasme et la combativité de la jeunesse scolarisée les a détrompés. À elle maintenant, par les « comités lycéens » et autres réseaux, d’aller au-delà de la préparation d’une nouvelle date lointaine, et de décider dès maintenant des suites de la mobilisation en s’organisant par la base !
Dima Rüger, 6 mars 2026
