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Dans Le Dauphiné Libéré — « J’ai choisi de dédier une partie de ma vie à changer la société » : qui est Baptiste Anglade, candidat à la mairie de Grenoble ?

Ci-dessous un article du Dauphiné Libéré

 

 

Ancelin Faure, 12 mars 2026

Avant le premier tour, Le Dauphiné Libéré est parti à la rencontre des candidats à la mairie de Grenoble. À 34 ans, Baptiste Anglade ajoute un nouveau chapitre à un long parcours militant : la campagne des municipales sous la bannière du NPA Révolutionnaires.

Sans patrie ni frontière. Baptiste Anglade le dit sans hésiter : ce livre a « changé » sa vie. Écrit par le communiste allemand Jan Valtin, l’ouvrage retrace l’itinéraire d’un jeune militant des années 1920 sillonnant le monde pour organiser des grèves avant d’être arrêté par la Gestapo. Révoltes, voyages, communisme : le triptyque résume l’imaginaire politique du candidat du NPA Révolutionnaires. Même le titre résonne comme un manifeste. « La société que je souhaite est une société sans frontières, sans classes, sans États, où nous serions tous égaux », explique le trentenaire. À 34 ans, il engloutit chaque livre mis à sa disposition. « Les romans permettent d’explorer d’autres réalités sociales que celles vécues. »

Pour l’heure, sa réalité se milite davantage qu’elle ne se lit. « Je suis épuisé, confie-t-il. Je suis une des seules têtes de liste qui travaille. » Sur le terrain grenoblois, celui qui a déjà été candidat aux législatives et aux européennes mène un triple combat : gagner, lutter contre l’extrême droite – cette « serpillière du patronat » qui ignore « les réalités des gens » –, et dénoncer les « fausses promesses » de la gauche. « Lorsqu’Éric Piolle arrive au pouvoir, il promet de réquisitionner les logements vides. En douze ans, ils en ont réquisitionné aucun. Ils font du mal aux classes populaires. »

Ces classes populaires, assure-t-il, s’enthousiasment lorsqu’il tracte. « Quand je leur montre mon salaire, ils se reconnaissent. » Depuis dix ans, Baptiste Anglade travaille comme éducateur spécialisé dans l’agglomération grenobloise. Il cherchait un « job avec du sens » ; il a trouvé une « rage » et une « colère » devenues de nouveaux carburants militants. « Je travaille avec des jeunes fracassés par la vie : des gamines qui se prostituent à 14 ans, des petits dont tout le monde parle dans les faits divers. » Chaque année, il accompagne près de 80 jeunes, âgés de 11 à 21 ans, ainsi que leurs familles. Dans ces quartiers populaires, il connaît plus de 200 habitants. « Mais ça va, on est une grande équipe… On est deux. »

« On a organisé des rassemblements, envahi des conseils municipaux… »

Ce quotidien, explique-t-il, lui rappelle la nécessité de militer et de s’opposer aux coupes budgétaires. « Sinon, on ne peut pas changer les choses. » Lorsqu’il arrive dans son entreprise il y a plusieurs années, aucun salarié n’est syndiqué. Aujourd’hui, ils sont plus d’une dizaine sur une trentaine d’employés. « Quand il y a des manifs, on est majoritairement dehors, pas au boulot. »

Il paraissait pourtant impossible de renforcer davantage les convictions révolutionnaires de Baptiste Anglade. Celles-ci prennent racine dans la banlieue parisienne où il grandit. En 2008, une famille d’amis est expulsée de son appartement sans solution de relogement. Choc brutal. « On a organisé des rassemblements, envahi des conseils municipaux, monté des piquets contre leur expulsion, raconte-t-il. Ils ont été relogés. J’avais 15 ans, c’était ma première victoire. »

« Je travaille depuis dix ans. Mis bout à bout, j’ai dû faire un an de grève. »

Depuis, il tente d’en accumuler d’autres. Dès le lycée, il organise sa première manifestation contre la suppression de postes et « la dégradation des conditions d’étude ». Puis, son parcours militant le conduit des Jeunesses communistes révolutionnaires au NPA. « Étudier l’histoire de la lutte des classes m’a éveillé : le rapport de force entre les classes sociales constitue le moteur de l’Histoire. Ça permet de comprendre la société bien plus que certaines études. »

Des grèves lycéennes aux mobilisations universitaires, puis au monde du travail, Baptiste Anglade enchaîne les rassemblements. Il sillonne la France, passe par Amiens, Marseille, Poitiers, Évry ou le bassin grenoblois. Récemment encore, il soutenait les salariés de Vencorex et de Teisseire. « J’ai choisi de dédier une partie de ma vie au fait de changer la société. » Une grande partie ? Il sourit. « Je travaille depuis dix ans. Mis bout à bout, j’ai dû faire un an de grève. »

« Le leader des fauteurs de troubles »

Début février 2026, cet engagement lui vaut une convocation au commissariat après un piquet de grève organisé à l’occasion du mouvement “Bloquons tout” à l’école de travail social d’Échirolles Ocellia. La direction porte plainte pour « intrusion ». « Elle prétend que j’étais le leader des fauteurs de troubles, explique Baptiste Anglade. Je suis ravi d’être affublé de ce surnom. » Une nouvelle convocation l’attend mi-avril, après les élections.

Entre-temps, il espère décrocher un siège au conseil municipal pour « continuer à combattre le pouvoir des patrons et des multipropriétaires ». « Il y a urgence à faire la révolution », martèle-t-il. Et si la défaite devait l’attendre dans les urnes, Baptiste Anglade ne renoncera pas pour autant à ses idéaux marxistes et trotskistes. Après tout, comme l’écrivait Léon Trotski : « Celui qui aspire à une vie paisible s’est trompé en naissant au XXe siècle. » À l’écouter, Baptiste Anglade semble avoir bien choisi son siècle.