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Elior-Derichebourg Grenoble : en grève contre le mépris et le manque de moyens

Depuis jeudi 26 mars, une grève mobilise les 12 salariées de DESPS, filiale d’Elior-Derichebourg, assurant le nettoyage des Ehpad du groupe l’Arbre de vie à Grenoble. Débutée suite aux provocations d’une cheffe dont les grévistes ont obtenu le départ, la grève se poursuit pour contester le sous-effectif et le manque de moyens. Les salariées se donnent rendez-vous chaque matin devant l’Ehpad Reyniès pour se manifester auprès de la direction et organiser les suites de leur mobilisation.

Trois ou quatre pour 90 chambres

La principale revendication est l’embauche de collègues. Les équipes ont en effet été réduites à quatre salariées par site au lieu de cinq auparavant. Elles descendent même à trois le week-end ou lorsqu’une collègue est absente. Les Ehpad du groupe comptent pourtant entre 84 et 93 chambres chacun, auxquelles s’ajoutent les salles communes, couloirs, bureaux… Une situation qui rend les cadences impossibles à tenir, avec de nombreuses retombées sur les conditions de travail et d’accueil du public. L’association à but non-lucratif l’Arbre de vie semble pourtant éloignée des grands groupes capitalistes comme Emeis (ex-Orpea) ou Korian dont la rapacité avait fait l’actualité en 2022. Issue des œuvres de charité chrétienne, le groupe l’Arbre de vie compte trois Ehpad et un accueil de jour. Le directeur-général de l’association, Jean-François Chamberod, s’exprimait il y a un an sur les ondes de France Bleu Isère pour dénoncer le fait que « 99 % des établissements souffrent du manque de moyens et de personnel » tout en défendant son modèle associatif : « On s’efforce toujours, par exemple, de remplacer les personnels absents, ce que ne fait délibérément pas Orpea. »

Une direction qui regarde ailleurs

Encore aujourd’hui l’association Arbre de vie assure n’avoir procédé à « aucune restriction budgétaire » concernant les prestations de nettoyage, assurant au contraire que leur coût a augmenté. Difficile pourtant de croire que les directions de ces Ehpad n’ont pas remarqué les nombreux dysfonctionnements : heures non payées ; management brutal ; refus de former et recruter ; non-respect de restrictions médicales ; heures complémentaires non majorées ; contrats non régularisés ; prélèvements contestés pour une mutuelle refusée ; droits à congés sous-évalués ; tâches absentes de la fiche de poste et même manque de matériel ou de produits malgré les demandes.

Elior-Derichebourg : 87 millions d’euros de bénéfices sur le dos des agents d’entretien

Le groupe Elior-Derichebourg s’est fait une spécialité de ces économies de bouts de chandelle, en particulier depuis son rachat en mars 2023 par la famille Derichebourg (330 millions d’euros de fortune selon Challenges). Ce durcissement de l’exploitation a permis d’amasser 87 millions d’euros de profits en 2024-2025. Cela passe par des installations clinquantes comme la « boutique autonome et connectée », un conteneur installé dans les locaux de STMicroelectronics à Crolles et dans lequel il est possible d’entrer 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour acheter à manger avec son badge pro. Mais les profits viennent surtout de la surexploitation des 133 000 salariés du groupe, majoritairement des femmes, très souvent précaires.

Une direction méprisante, mais incapable de faire tourner les services

La réponse d’Elior-Derichebourg aux grévistes se résume pour l’instant à une démonstration de mépris. Jeudi, le directeur régional de DESPS était présent sur le site, mais a refusé de rencontrer les grévistes. Par voie de presse, la société prétend que les douze grévistes ne seraient que cinq. Elle pousse jusqu’à proposer comme solution… la venue sur site de responsables RH. Faute d’avoir convaincu les grévistes avec de pareilles promesses, les cadres se sont retrouvés à devoir distribuer eux-mêmes les petits déjeuners habituellement servis par les agentes. Gageons que cette expérience leur permettra de mieux comprendre les revendications des grévistes !

Correspondant