En France, selon une évaluation publiée le 25 mars par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), près d’un adulte sur deux (47,6 %) dépasserait les seuils toxicologiques recommandés pour le cadmium.
Ce métal, présent dans les sols, est associé à des cancers, des atteintes rénales irréversibles, à l’ostéoporose et à des troubles cardiovasculaires. Or, 98 % de l’exposition passe par l’alimentation. Pain, pâtes, riz… autant de produits du quotidien devenus les principaux vecteurs de contamination.
En cause, les engrais phosphatés utilisés en agriculture intensive. Fabriqués à partir de roches riches en cadmium, ils sont avant tout choisis pour leur bas coût. Avec les années, ils chargent les sols de cette substance, sans que ni les industriels ni les pouvoirs publics n’agissent pour interrompre cette accumulation.
Ce sont d’abord les luttes des travailleurs exposés qui ont tiré la sonnette d’alarme. Il y a vingt ans, les ouvriers du site Saft de Nersac se battaient pour faire reconnaître les dangers du cadmium utilisé dans la fabrication de batteries et imposer des mesures de protection1.
Jusque-là, ce problème sanitaire a reçu un traitement politique minimal. Il a fallu dix ans pour que l’Union européenne fixe, en 2019, un seuil de 60 milligrammes par kilogramme dans les engrais, un niveau insuffisant obtenu au prix de compromis favorables aux industriels de l’agrochimie.
Tant que la logique de profits primera sur la santé publique, nous continuerons de trouver du poison dans nos assiettes.
Martin Eraud
1 À ce sujet, lire Marie-Laure Dufresne-Castets, Un monde à gagner – La lutte des classes au tribunal, Éd. Don Quichotte, 2017