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Kanaky : l’enjeu des élections provinciales du 28 juin

La province Nord et la province des îles (îles Loyautés), à grande majorité kanak, sont gérées par les indépendantistes ; la province Sud (avec le Grand Nouméa), qui concentre la majorité des richesses et de la population venue de métropole ou descendante des premiers colons (« Nouméa la blanche ») est gérée par les loyalistes (pro-France).

Pour ce scrutin, contre l’avis du FLNKS, le corps électoral a été modifié pour incorporer les « natifs ». 10 575 votantes et votants en plus avec une incidence prépondérante dans la province Sud (8 % d’inscrits en plus). Le projet initial du gouvernement d’ajouter les conjoints des natifs a finalement été rejeté par l’Assemblée nationale.

Cette question du dégel du corps électoral avait été le point de départ de la révolte de mai-juin 2024. Le FLNKS n’a cependant pas appelé à mobilisation, jugeant plus important de s’engager dans la campagne électorale pour pouvoir peser sur les négociations en juillet avec l’État.

Les listes en présence montrent la division des indépendantistes (liste commune en 2019 dans la province Sud) et l’union d’une bonne partie des loyalistes. Entre les deux, quelques listes visent à tirer leur épingle du jeu institutionnel en apparaissant comme une voix d’équilibre.

La campagne bat son plein, avec quelques difficultés pour les Kanak : la réorganisation des bureaux de vote, mise en place pour des « raisons sécuritaires » après 2024, complique le vote des quartiers populaires. Et l’accès aux iles Loyauté est rendu difficile d’un côté par le blocage des aéroports par la population locale et les autorités coutumières depuis plus de deux mois contre un projet de déplacement de l’aéroport intérieur de Nouméa et de l’autre par une panne du bateau assurant la liaison maritime.

Les résultats des votes, ainsi que le taux d’abstention, seront une indication sur les rapports de force internes aux différents camps.

Le camp loyaliste attend les élections présidentielles pour en finir avec la revendication d’indépendance. En 2027 comme en 1988 (suite au massacre de la grotte d’Ouvéa), la « question kanak » pourrait être instrumentalisée…

Après la révolte de 2024, la crise sociale s’est accentuée (12 800 salariés en moins), touchant principalement les Kanak. Les discriminations, le racisme anti-Kanak sont permanents.
Le mouvement indépendantiste, englué, voire compromis dans la gestion du territoire depuis 38 ans, n’est aujourd’hui pas représentatif du développement possible d’une force d’émancipation politique et sociale : la révolte de la jeunesse en 2024 n’a pas abouti, mais elle n’est pas éteinte.

Le non-lieu général pour les 14 dirigeants de la CCAT (appel en cours) est évidemment une très bonne nouvelle. Mais cela ne dit rien sur la soixantaine de jeunes déportés en métropole après mai 2024.

« Usines, tribus même combat » ce vieux slogan du principal syndicat indépendantiste, l’USTKE, est plus que jamais d’actualité.

Marco Qatr