
Le 14 avril, la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon (FOCSS), pilier du médico-social en Île-de-France, annonçait sa cessation d’activité à la suite d’une procédure de redressement judiciaire engagée en octobre 2025 : une surprise révoltante pour les travailleurs et travailleuses de la fondation.
La FOCSS, association privée à but non lucratif, gère 35 crèches, deux Ehpad, un service d’hospitalisation à domicile (HAD) parmi les plus importants d’Île-de-France, deux centres de santé, plusieurs centres de protection maternelle et infantile (PMI) et centres de santé sexuelle, un hôpital Mère-Enfant (l’un des deux seuls de L’Île-de-France). La fondation pilote également deux centres de formation pour futures professionnelles de santé : infirmières, aides-soignantes, puéricultrices et auxiliaires de puériculture, mais aussi travailleurs et travailleuses sociales.
La liquidation de la fondation (endettée de 50 millions d’euros) amènerait à la reprise au cas par cas des activités par différents acteurs publics ou privés. Les employés mobilisés l’affirment, expert à l’appui : au vu du patrimoine que possède la fondation (100 millions) et de la faible part que cette dette représente au regard du budget de la santé à Paris, c’est bien une volonté politique que de laisser la FOCSS couler et se faire vendre à la découpe ! Cette dette trouve surtout son explication dans les subventions publiques qui n’ont pas suivi l’inflation et l’augmentation des besoins. La CGT et une enquête de Libération ont, en outre, révélé que dure depuis des années une gestion opaque et brutale, avec détournement de fonds, corruption et fraude à la sécurité sociale (environ 745 000 euros sur les deux dernières années). Ce n’est pas d’un nouveau gestionnaire, fut-il plus « vertueux », dont ont besoin les travailleurs et travailleuses de la FOCSS ; c’est à eux de gérer eux-mêmes leurs lieux de travail, car ce sont eux qui connaissent leurs besoins et qui ont à cœur de soigner !
Un plan de cession, cela signifie que seuls les services les plus rentables vont être repris, en laissant les autres sur le carreau : ce sont 1800 travailleurs et travailleuses qui voient leurs emplois menacés, et 450 étudiantes qui craignent ne pas pouvoir terminer leur formation. Et bien sûr, ce sont près de 100 000 patients, usagers et familles qui risquent une rupture de soins et de services. À cette heure, environ un tiers des emplois ne trouvent pas repreneur, notamment toutes les crèches familiales (les « nounous à domicile »). Et même pour celles et ceux qui sont repris, c’est leur niveau de rémunération et leurs conditions de travail qui sont remis en cause, y compris lors de reprises au rabais par des mairies d’arrondissement.
Personne ne doit être renvoyé, et pas une structure fermée. Plusieurs mobilisations avaient eu lieu dès la procédure de redressement, car celle-ci s’était accompagnée d’une dégradation des conditions de travail et de retards de salaire. Elles ont repris de plus belle depuis l’annonce de la cessation, à l’image des travailleuses de l’hôpital Mère-Enfant de l’est parisien devant leur hôpital le 22 avril, ou des étudiantes mobilisées de l’Institut de formation en soins infirmiers.
Des salariés et usagers se sont rassemblés le 11 juin, devant le ministère de la Santé, puis le 2 juillet devant l’Assemblée nationale, la police empêchant de se rendre à nouveau au ministère. Celui-ci, qui a longtemps ignoré leur colère, accepte de les voir le 15 juillet. Mais il n’est pas question de relâcher la pression d’ici là : le prochain rassemblement aura lieu devant l’hôtel de ville le 11 juillet à 10 h 30. Un ensemble de pétitions sur internet rassemblent plus de 45 000 signatures.
Correspondant