L’extrême droite, en pleine ascension, rappelle sans arrêt le danger imminent de l’effondrement de la civilisation. Heureusement, elle a un remède miracle : « les valeurs de la famille » !
Les diverses chapelles de l’extrême droite rabâchent la même rengaine, relayée par les médias de milliardaires comme Bolloré et Stérin : il faut défendre la famille contre les féministes, le lobby LGBT, l’immigration, l’école « woke ». Derrière cette démagogie, il s’agit de remettre les femmes à leur place (le foyer), culpabiliser celles qui ne font pas d’enfants, stigmatiser toutes celles et ceux qui dévient du droit chemin : un papa, une maman, des enfants. L’extrême droite vilipende donc les nouvelles formes de famille qui ont pu émerger, notamment l’utilisation de la PMA et de l’adoption par les couples homosexuels. La défense de la famille traditionnelle s’accompagne d’une vision particulièrement rétrograde des rôles genrés : hors du mariage hétérosexuel, point de salut. On voit même fleurir sur les réseaux sociaux des comptes de « tradwives » (femmes traditionnelles) qui vantent les mérites de la vie au foyer.
La mise en avant des valeurs familiales s’accompagne d’un nationalisme virulent teinté de racisme. Droite et extrême droite ne cessent de parler de « parents défaillants » dans les quartiers populaires, jusqu’à vouloir suspendre les allocations familiales. Le Rassemblement national veut de surcroît les réserver aux familles françaises. Pierre-Édouard Stérin, en plus de promouvoir la « remigration », se fixe comme objectif de « faire des enfants de souche européenne baptisés ». Tout un programme !
Mais cette obsession dépasse les partis d’extrême droite. Macron, jamais avare d’une sortie réactionnaire, a repris à son compte le vocabulaire nataliste avec son « réarmement démographique ». Le gouvernement prévoit même d’écrire à toutes les femmes de 29 ans pour leur parler de leur fertilité. Comme si le corps des femmes était une ressource stratégique… Au moment même où le général Mandon appelle à se préparer à « accepter de perdre ses enfants » dans une future guerre. En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a compté plus de décès que de naissances. Plutôt que de comprendre toutes celles et ceux qui réfléchissent à deux fois avant d’avoir un enfant, politiciens et idéologues réactionnaires fustigent la déliquescence morale supposée de la société.
Dans cette offensive, la religion est elle aussi mobilisée. En Hongrie, Orbán multipliait les aides fiscales aux mères de plusieurs enfants au nom de la famille chrétienne. Aux États-Unis, la droite trumpiste et les chrétiens évangéliques s’en prennent à l’avortement et aux droits LGBT au nom de l’exaltation de la famille.
La famille cristallise les différents ingrédients du projet de l’extrême droite : retour à l’ordre, à la hiérarchie, à la tradition, à la nation, et renforcement des oppressions qui traversent la société capitaliste. Combattre les idées réactionnaires sur lesquelles les capitalistes s’appuient, suppose donc de questionner le rôle de la famille.
Katia Gay