
Dans les écoles, il n’est pas rare de lutter chaque année, au moment des répartitions, pour ne pas subir une fermeture de classe et ses conséquences : des doubles niveaux et des classes surchargées. Il est banal aussi que certains enseignants se sentent obligés de venir travailler malgré la fièvre ou l’épuisement, pour ne pas faire subir aux collègues les conséquences d’une absence non remplacée, comme c’est souvent (pour ne pas dire toujours) le cas. Quand un collègue est malade et arrêté (ce qui est bien la moindre des choses !), le contrecoup peut parfois être très rude pour le reste de l’école.
C’est le cas d’une école maternelle dans le 13e arrondissement de Paris, comptant cinq classes, où il a suffi d’un collègue en arrêt long pour que l’équilibre précaire s’effondre. Sur plus de huit semaines cumulées d’arrêt, seulement cinq jours ont été remplacés ! Le reste du temps, les élèves étaient accueillis par les collègues, faisant grimper les effectifs de classe à 30 voire 32 élèves… Après trois semaines de ce rythme infernal depuis le retour des vacances d’hiver (et plusieurs mises en garde à l’inspection sur la situation), les enseignantes à bout – dont la directrice – ont dû se mettre en arrêt, n’étant plus en mesure d’assurer le bon déroulement des apprentissages dans des classes surchargées, ni même la sécurité physique et affective des élèves du fait de l’épuisement physique et mental qu’engendre une telle surcharge de travail.
Dans cette situation de crise, des représentants de l’inspection et de la mairie ont mobilisé en urgence cinq remplaçantes et remplaçants, et accueilli les parents un jeudi matin, pour ne surtout pas fermer l’école. Ce jour-là, environ 120 enfants entre 3 et 6 ans ont été pris en charge par cinq enseignantes et enseignants qu’ils ne connaissaient pas et qui ne les connaissaient pas. On imagine bien l’ampleur des difficultés pour les remplaçants d’une part, et de l’anxiété pour des élèves de maternelle de l’autre… Dans les jours qui ont suivi, l’école a continué de tourner péniblement avec une à deux enseignantes titulaires accompagnées d’une à deux remplaçantes, souvent des professeures bénéficiant d’un temps partiel puisqu’à ce moment de l’année, « il n’y a plus de remplaçantes » à temps plein… À l’heure où nous écrivons, aucune solution pérenne n’a été trouvée pour les élèves privés d’enseignant depuis plus de 50 jours.
Cette situation est loin d’être une exception : il suffit de lire les banderoles devant les établissements de Paris, du 93, de Marseille et d’ailleurs. Dans toutes les académies, on manque de remplaçants, les collègues se disent impuissants et se sentent épuisés, voire contraints de démissionner, « broyés par ce système » qui précarise et maltraite le personnel d’éducation (AESH, Atsem, ATE, PE, animateurs) au même titre que les élèves eux-mêmes. C’est tout un système qui organise cette précarité en supprimant les postes, surchargeant les classes et préférant investir dans l’armée plutôt que dans les écoles, les hôpitaux… Dans tous les préaux où il n’a pas été retiré, le président de la République française veille depuis son cadre sur la destruction orchestrée de l’éducation. Seules nos luttes communes entre élèves ou parents d’élèves et tous les travailleurs et travailleuses de l’éducation pourront mettre un terme à cet engrenage.
13 avril 2026, correspondant