Nos vies valent plus que leurs profits

Grenoble ouvrière et révolutionnaire — réponse aux supporters du GF38 et de la Tribune Ouest

Nous répondons par ce communiqué à la sollicitation des supporters du GF38 et de la Tribune OUEST, afin de faire connaître les positions défendues par Baptiste ANGLADE, le NPA-R et sa liste « Grenoble Ouvrière et Révolutionnaire »à propos du club grenoblois, dans le cadre des élections

 

 

Bonjour,

Nous souhaitons développer notre propos de façon globale, afin de répondre aux questions posées, mais aussi, plus largement, d’exprimer nos positions sur le football et le GF38.

Tout d’abord, en tant que communistes révolutionnaires, nous sommes attachés aux loisirs et au sport comme espaces de rencontre, d’expression et d’organisation de notre classe. Les tribunes populaires ne sont pas de simples lieux de consommation : ce sont des espaces vivants où se construisent solidarités, cultures mais aussi résistances collectives. Ce que l’on appelle aujourd’hui le« football moderne » n’est rien d’autre que l’application brutale des logiques capitalistes à un sport qui devrait appartenir d’abord à celles et ceux qui le font vivre : joueurs, joueuses, travailleuses et travailleurs du secteur, et surtout supporters et supportrices.

Le football populaire est un espace de vie sociale, culturelle et politique. Comme les quartiers populaires et les lieux de travail, les stades sont aujourd’hui traversés par des logiques de marchandisation, de recherche du profit et de répression.

Les tribunes sont devenues des laboratoires sécuritaires : interdictions administratives de stade, restrictions de déplacement, vidéosurveillance, fichage des supporters, dissolutions de groupes… Ces dispositifs ne visent pas seulement le football : ils préfigurent des politiques répressives,par la suite employées pour criminaliser le mouvement social et ouvrier, ses luttes et l’ensemble de notre classe.

Nous refusons cette criminalisation.

Nous tenons à affirmer notre soutien à la Tribune OUEST, qui porte des valeurs de solidarité, d’entraide et d’engagement antiraciste.C’est un exemple qui démontre qu’il est possible de faire du stade un espace de lutte contre les discriminations et les idées réactionnaires, comme celles portées par V. Gabriac, candidat du RN à ces élections.

Le GF38 n’échappe pas aux logiques de marchandisation du football : gestion entrepreneuriale, recherche d’investisseurs et de profit. Son président, Stéphane Rosnoblet, héritier du groupe Provencia, entreprise de la grande distribution qui gère plus de quarante supermarchés dans la région, ainsi que plusieurs sociétés immobilières, incarne cette réalité. Nous le disons clairement : un grand patron n’investit dans un club que pour poursuivre ses intérêts. Comme il l’a lui-même affirmé : « Je ne vais pas me ruiner pour un club de foot. » Rassurons-le : avec une fortune familiale de plusieurs centaines de millions d’euros, la faillite n’est pas pour demain.

Nous ne faisons pas de promesses électorales, à part celle de soutenir toutes les luttes et les mobilisations. Nous ne voulons pas nourrir l’illusion qu’un changement du personnel politique à la tête des institutions permettrait de régler les difficultés de la majorité de la population. Les protestations des supporters expriment un ras-le-bol plus large face à la hausse des prix, à l’exclusion progressive des classes populaires et à la transformation du football en un loisir réservé à ceux qui ont le temps et les moyens.

Aller au stade ne devrait pas être un privilège. Nous affirmons que l’accès au sport et aux loisirs est une question sociale. Nous défendons un football accessible à toutes et tous. Pour cela, il faudrait une baisse du coût des places. Il faudrait également que les jours et les heures des matchs ne soient pas décidés en fonction des profits de BeIN Sports ou de n’importe quel autre diffuseur: le football,c’est le week-end ! Mais aussi se battre pour la gratuité et l’extension des transports.

La baisse du temps de travail est une condition essentielle pour que les travailleurs puissent profiter de leur temps libre. Car après des journées de 8 h à 18 h passées à se faire exploiter pour enrichir une minorité, il ne reste ni énergie ni moyens pour le sport, la culture ou les loisirs.

L’état déplorable du Stade Vercors, où évoluent les féminines du GF38, illustre l’abandon des infrastructures sportives liées au club parla municipalité actuelle. Tant que les choix budgétaires privilégieront l’attractivité et l’image médiatique plutôt que les besoins réels, le sport féminin et les équipements de proximité resteront les victimes les plus directes des politiques d’austérité. Le peu de moyens qui lui sont consacrés traduit un désintérêt persistant pour le football féminin, relégué au second plan tant qu’il n’est pas jugé rentable.

Défendre des infrastructures dignes et accessibles,pour les féminines, pour le centre de formation, mais aussi pour l’ensemble du sport amateur, nécessite de lutter contre les budgets austéritaires, en baisse pour la jeunesse et le sport de 4,6 millions d’euros dans le budget Lecornu. Là aussi, pour obtenir des améliorations, il faudra continuer à se mobiliser !

Nous ne prétendons pas avoir un programme clé en main pour « sauver » le football. Comme toutes les conquêtes sociales, un autre football ne pourra naître que des luttes collectives menées par les supporters, les salariés du secteur et l’ensemble de notre classe sociale.Face aux patrons, aux actionnaires et aux logiques de profit, nous affirmons une seule règle : c’est aux travailleurs et aux travailleuses de décider de tout.

En toute camaraderie,

Baptiste Anglade, pour la liste Grenoble Ouvrière et Révolutionnaire