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Israël-Liban : tentative de négociations de paix pour mener la guerre aux pauvres

Alors que les États-Unis ont rompu, en à peine 24 heures, leurs négociations avec l’Iran, c’est à Washington et sous leur égide que débutent ce mardi 14 avril des négociations de paix entre Israël et le gouvernement libanais. Une paix sous les bombes ! Il n’y est même pas question de trêve : « Nous continuerons à frapper le Hezbollah de toutes nos forces », a affirmé Netanyahou, ce sera une « paix par la force ». Interrogé sur les vidéos de soldats israéliens se filmant en train de faire sauter des bâtiments d’habitation dans le Sud-Liban, l’état-major israélien assume : « Israël agit contre le Hezbollah dans le cadre d’un conflit armé avec l’organisation. » Ce ne serait donc pas une guerre, juste une opération de police. Et la rencontre de Washington n’a pour but que de convaincre le gouvernement libanais, mis en place après la guerre menée par Israël en septembre 2024 (plus de 1 600 morts, 1,3 million de déplacés), de renforcer son armée et mener de concert avec Israël la guerre au Hezbollah.

Israël n’entend pas seulement faire la loi au Liban en s’appuyant sur un gouvernement qui pourrait être à sa botte, mais aussi en profiter pour occuper définitivement toute une partie sud du territoire, une « zone de sécurité » dit-il, avant d’en faire peut-être tout simplement une nouvelle annexion, réalisant un vieux projet d’Israël de s’étendre jusqu’au fleuve Litani.

Les négociations qui s’ouvrent diront si le gouvernement libanais actuel sera prêt ou se sentira la force de jouer ce jeu-là. Mais d’ores et déjà, l’héritier de la famille Gemayel (les chefs de guerre de l’extrême droite chrétienne libanaise dans la guerre civile des années 1975-1990), Samy Gemayel, président du Parti Kataëb, fait chorus avec Netanyahou pour demander à son gouvernement de profiter de l’affaiblissement du Hezbollah pour le désarmer.

Le Hezbollah (« Parti de Dieu »), est né lors de la guerre intercommunautaire des années 1975-1990, avec l’invasion israélienne du Liban en 1982. C’est un parti d’extrême droite religieuse, mais qui apparaissait comme défenseur dans la communauté chiite, qui compte une bonne partie des couches les plus pauvres du pays. Il a grandi dans le Sud-Liban et les quartiers pauvres de Beyrouth, car ses troupes ont été les seules à résister aux diverses incursions israéliennes des années 2000. En guise de « négociations de paix », la politique de Trump et Netanyahou fait planer à nouveau l’ombre d’un retour à cette guerre intercommunautaire, pour mieux dominer le Liban.

Mais dans l’explosion sociale de l’automne 2019, et qui a duré prés d’un an, provoquée par l’inflation, la flambée du chômage et de la pauvreté et la défaillance des services publics, c’est l’ensemble des forces politiques au pouvoir, y compris le Hezbollah, qui était conspué par la jeunesse, notamment des quartiers pauvres de Beyrouth.

Le retour à cette révolte et sa contagion à toute la région pourraient ouvrir un tout autre espoir que les prétendues négociations de paix.

12 avril 2026, Olivier Belin