Nos vies valent plus que leurs profits

Quand le RN passe à table : le déjeuner de cons

Le 8 avril, le patronat avait mis les petits plats dans les grands pour inviter Marine Le Pen chez Drouant, une grande table parisienne. Se trouvaient autour de la table, l’homme le plus riche de France, Bernard Arnault, PDG de LVMH, son homologue de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, celui de Capgemini, Paul Hermelin, un fils Bolloré et tout le gratin du CAC 40. Le principal syndicat patronal a remis le couvert le 20 avril. Patrick Martin, le patron des patrons, a invité Jordan Bardella à déjeuner avec le bureau exécutif du Medef, avenue Bosquet à Paris.

Le président du Rassemblement national, qui clame « qu’il n’a pas l’entreprise honteuse », s’y est rendu accompagné de son conseiller en matière économique, François Durvye, ce financier, administrateur de la holding d’investissements du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui aime à déclarer : « Sur l’immigration, je suis plus à droite que l’extrême droite. » Pas de quoi effrayer Bardella ni le Medef !

Le Rassemblement national avait déjà multiplié les gestes d’allégeance au patronat : à l’Assemblée nationale les députés RN ont refusé de relever la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital. Ils ont voté contre la minuscule contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et contre la taxe Zucman, pourtant bien inoffensive. Le parti d’extrême droite a toujours refusé les augmentations du Smic.

À l’occasion de ces ripailles avec les grands patrons, Le Pen et Bardella leur ont écrit une lettre annonçant leur volonté de « lever les verrous normatifs qui freinent le développement économique ». En clair : à bas les normes et vive l’exploitation sans limites ni contraintes ! Les patrons n’ont même pas besoin de donner des ordres, le RN les devance et se soumet ventre à terre. Avec des politiciens si dociles et si bien dressés, le patronat n’a vraiment pas de souci à se faire si d’aventure ils devaient arriver au pouvoir. Les classes populaires, par contre, quelles que soient leurs origines ou leur nationalité, ont tout intérêt à se rassembler et à lutter, dès maintenant, pour défendre leurs conditions d’existence.

Michel Grandry