Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Les 58 navires de la flottille humanitaire Global Sumud, qui s’étaient donnés pour but de tenter de forcer le blocus naval de Gaza, en vigueur depuis 2007, pour apporter des biens de première nécessité à ses habitants, ont été attaqués le 30 avril par la marine de guerre israélienne alors qu’ils se trouvaient dans les eaux internationales, au large de l’île grecque de la Crète. Des commandos israéliens sont montés à bord des bateaux pour les endommager et les mettre hors service et 175 militants humanitaires ont été enlevés et débarqués de force en Crète après un accord entre Jérusalem et Athènes. Ils devraient être rapatriés dans leurs pays d’origine. Des manifestations contre cet acte de piraterie ont été organisées le jour même à Paris, Marseille, Rennes, Grenoble, Rouen et se tiendront également ce weekend dans de nombreuses villes.

C’est Le Canard enchaîné qui a révélé l’information. Suite à l’appel de Macron au réarmement civique de la jeunesse, plusieurs grandes écoles ont décidé de renforcer leurs liens avec les poids lourds de l’industrie d’armement et l’armée. À l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences-Po) le directeur, Luis Vassy, a annoncé la création d’un centre de recherche dédié aux relations internationales et aux études de défense et de sécurité. Un « comité exploratoire » composé de 23 membres a été désigné pour le mettre en place. Il est coprésidé par l’ancienne ministre des Armées, Florence Parly, et compte parmi ses membres Ross McInnes, président de Safran et Alexis Morel, vice-président de Thales. Quant à l’École des mines, déjà sous tutelle du ministère des armées, son conseil d’administration est désormais présidé par Olivier Andriès, directeur général de Safran. De son côté l’École polytechnique a vu Pascale Sourisse, directrice générale chargée du développement chez Thalès, entrer au conseil d’administration. Enfin l’Institut polytechnique de Paris, qui regroupe six grandes écoles d’ingénieurs, a inauguré les « Chaires des hautes études pour la souveraineté », une initiative placée sous le patronage… de la Direction générale de l’armement du ministère des Armées. Si avec tout ça les futurs ingénieurs n’apprennent pas à marcher au pas…

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), qu’on appelait plus simplement autrefois des maisons de retraite, sont au nombre de 7 400 dans le pays, pour beaucoup propriété de grands groupes privés comme Orpea et Korian. Ils sont régulièrement touchés par des scandales concernant les locaux décrépis, le personnel en sous-effectif, la nourriture, voire la maltraitante de personnes âgées. Et les pouvoirs publics laissent largement faire. Pas tout à fait. Ils viennent de prendre l’initiative de créer… un label de qualité dénommé « Maisons France Autonomie » qui sera décerné aux meilleurs d’entre eux. Selon quels critères ? Mystère. Une mesure qui ne coûtera pas un rond et qui ne devrait pas changer grand-chose à la situation des pensionnaires et du personnel.

TotalEnergies a réalisé plus de 5 milliards d’euros de bénéfice net au premier trimestre 2026, en hausse de 51 % par rapport à la même période de l’année précédente, en profitant de la tension sur le marché pétrolier provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Ce qui lui a permis de gratifier ses actionnaires d’un dividende en progression de 5,9 %. Devant ce scandale, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est senti obligé de demander poliment au géant pétrolier, lors d’une intervention devant le Sénat, de redistribuer aux consommateurs une partie au moins de ses profits exceptionnels. « C’est ce que nous faisons déjà » a répondu sans rire la direction du groupe qui affirme avoir mis en place « sans attendre qu’on nous le demande une politique de plafonnement des carburants dont les Français bénéficient »… depuis février 2023. Quant aux bénéfices non distribués aux actionnaires ils serviraient aussi à « financer » ses investissements « pour développer l’entreprise, notamment avec la transition énergétique » et « à payer des impôts et contribuer aux finances publiques ». Bref une entreprise généreuse, exemplaire et écolo qui, de plus, nargue le gouvernement. Malgré tout, pas question pour elle de toucher à ses fabuleux profits.

Saisi par deux associations, dont la Ligue des droits de l’homme, le Conseil d’État a donné jusqu’à fin 2026 au ministre de l’Intérieur pour généraliser les identifiants des policiers et des gendarmes notamment lors des opérations de maintien de l’ordre. Ce numéro d’identification individuel, connu sous le nom de « référentiel des identités et de l’organisation », est un matricule à sept chiffres qui doit permettre d’identifier chaque agent pour renforcer la transparence et prévenir les abus. Chaque membre des forces de l’ordre doit le porter de façon visible en application du code de sécurité intérieure qui date de… 2014. Mais douze ans après son adoption la mesure n’est toujours pas appliquée partout ce qui permet, en cas de bavure, à nombre de policiers et gendarmes impliqués de s’en tirer à bon compte. Le Conseil d’État avait déjà rappelé à l’ordre l’exécutif sur ce point en octobre 2023… sans grand effet. Et il est probable qu’il en sera de même cette fois-ci.

Plus que trois mois avant le DNB – anciennement brevet des collèges –, véritable parcours du combattant pour les élèves, leurs parents et enseignants, tant les règles du jeu changent en cours de partie ! Il y a deux ans, il a failli devenir obligatoire pour entrer au lycée. Mais, face à la mobilisation, le ministère avait reculé tout en rendant le DNB plus « sélectif » : augmentation du poids des examens terminaux dans la note finale, abandon des compétences au profit du contrôle continu, modification des épreuves et de leur barème. L’objectif est clairement assumé : diminuer le taux de réussite.

Plutôt que d’améliorer les conditions d’enseignement permettant aux élèves les plus en difficulté de réellement progresser, le ministère supprime des classes tout en prétendant agir pour un enseignement exigeant : dorénavant, une copie qui comporterait trop d’erreurs de langue pourrait ne pas obtenir la moyenne ! C’est un gros coup de pression à quelques semaines de l’examen, mais surtout, c’est toujours la même manœuvre macroniste à grand renfort d’annonces tonitruantes, sans aucun moyen derrière. Il ne manque plus que le numéro vert !

Après le piteux retrait par le gouvernement du projet de loi Yadan, assimilant notamment antisémitisme et antisionisme et qui avait suscité une pétition de protestation recueillant plus de 700 000 signatures, Aurore Bergé, la ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, a organisé une consultation des groupes parlementaires, d’instances consultatives (Commission nationale consultative des droits de l’homme et Défenseur des droits) et d’associations diverses pour élaborer un nouveau projet. D’où il ressort que, dans la nouvelle mouture, le texte s’appliquerait à toutes les formes de racisme, et non plus au seul antisémitisme, que les propos racistes dans la presse ou sur les réseaux sociaux pourraient être plus sévèrement réprimés et celles et ceux qui les tiennent susceptibles d’être déclarés inéligibles, etc. Fort bien. Sauf qu’il existe déjà tout un arsenal de lois sur la question qui ne sont pas systématiquement appliquées par manque de volonté politique, toute une partie de la classe politique étant gangrenée elle-même par des idées racistes ou xénophobes. Et une nouvelle loi ne changera pas grand chose à cette situation. Sans compter qu’on ignore le contenu précis de cette loi Yadan corrigée et qu’il est fort possible que ses promoteurs essaient de faire passer à peu près la même chose formulée autrement.

Le parquet de Marseille a fait appel de la décision de mise en liberté du policier qui est soupçonné d’avoir fracassé le crâne d’une jeune femme le 8 décembre 2018. Cette dernière se trouvait dans une rue calme, en marge d’une manifestation des Gilets jaunes à laquelle elle ne participait pas. Elle était tombée au sol après avoir été touchée par un tir de LBD lorsque deux policiers de la BAC Nord l’ont passée à tabac à coups de pieds et de matraques, lui défonçant le crâne et provoquant de graves lésions cérébrales. Ils n’ont guère été inquiétés bénéficiant du soutien de leur hiérarchie. Bien mieux, selon Mediapart, un des deux agents a, en février 2020, tué un jeune de 19 ans mais le procureur en charge de l’enquête a classé l’affaire, retenant « la légitime défense ». Comme d’habitude… Bref le flic tabasseur et tueur n’est pas près d’aller en prison.

Depuis 40 ans le régime dit « de catastrophes naturelles » permet à l’État de prendre en charge et de couvrir totalement ou partiellement les dégâts dus essentiellement aux inondations, aux sécheresses et aux vents cycloniques. Mais face au dérèglement climatique qui s’aggrave et à leur multiplication, la Cour des comptes vient de tirer la sonnette d’alarme. Sans nier « l’efficacité indéniable » d’un système qui « garantit aux assurés une indemnisation rapide », la Cour, dans sa grande sagesse, estime que les coûts financiers deviennent trop élevés et propose donc que l’État se désengage. Les catastrophes considérées désormais comme « banales » seraient alors couvertes par les seules assurances privées classiques, « avec un risque de primes plus élevées dans les zones les plus exposées aux catastrophes naturelles » et un éventuel « retrait des assureurs ». Les sinistrés seraient donc livrés à eux-mêmes. Un nouvel exemple de la solidarité nationale à la mode macroniste.