Bas salaires, dégradation des conditions de travail, sous effectif et réorganisations permanentes. Les cheminots tiraient la sonnette d’alarme depuis longtemps. Il aura fallu les suicides de plusieurs collègues pour que la direction réagisse et fasse quelques annonces, qui ne régleront pas les problèmes de fond. Retour sur une situation dramatique, mais aussi sur des résistances qui portent l’espoir de changer vraiment les choses. Il y a urgence !
Danger à SNCF Réseau
La SA SNCF Réseau regroupe tous les cheminots affectés à la gestion du réseau. Les deux familles principales de métiers sont l’aiguillage, qui gère les circulations, et l’équipement, qui assure la maintenance et l’entretien des installations. Personne n’est épargné par les réorganisations et suppressions de postes. À l’aiguillage, la direction poursuit ses projets de concentration avec la mise en service de très gros postes gérant plusieurs centaines de kilomètres de voies et supprimant donc de plus petits postes, laissant les cheminots qui y travaillaient sur le carreau. Pas mieux à l’équipement, où le manque d’effectif conduit dans quelques endroits à agrandir les parcours d’astreinte ou la fréquence des périodes d’astreinte (ces semaines où les cheminots de l’équipement doivent être disponibles 24 heures sur 24 pour intervenir en cas de panne). Il faut dire que les bas salaires ont fait démissionner nombre de collègues attirés par la concurrence, qui existe depuis longtemps pour ce qui concerne les travaux sur les voies.
Suite aux suicides de plusieurs cheminots, la direction a reçu les organisations syndicales pour annoncer quelques mesures. Soucieuse de son image auprès du grand public, elle annonce une pause de six mois dans les réorganisations. Un bel aveu des conséquences du carnage social qu’elles provoquent ! Comble du cynisme, des militants découvrent certains projets de réorganisation à cette occasion… Ils n’avaient pas encore été communiqués dans les instances selon la stratégie devenue habituelle qui consiste à annoncer le plus tard possible les réorganisations avant leur mise en place. En bref, il s’agirait de se suicider à un rythme moins soutenu afin de ne pas écorner l’image de l’entreprise.
La direction annonce aussi une amélioration du processus de licenciement en cas d’échec en formation, notamment une façon plus humaine de remettre les courriers pour convocation en entretien disciplinaire. Nouvelle trouvaille de la direction : le licenciement bienveillant !
Un exemple de résistance à l’aiguillage
Ce sont justement les licenciements pour insuffisance professionnelle qui se sont multipliés par endroit depuis la fin des embauches au statut en 2020. Sur Paris Sud-Ouest, plusieurs collègues s’étaient déjà fait licencier l’an dernier suite à des échecs aux examens en fin de cursus, c’est à dire après avoir passé plus d’un an et demi dans l’entreprise. Ils auraient pu être reclassés, car déjà habilités sur certains postes, comme cela s’est toujours fait. Mais non, la direction tient à faire la démonstration qu’elle peut nous virer comme elle l’entend.
Nouveauté 2026 : la direction annonce vouloir licencier les aiguilleurs qui échoueraient à une habilitation sur un poste alors que cette étape n’a jamais été éliminatoire. Deux collègues sont concernés par cette menace sur Austerlitz et la solidarité a commencé à s’organiser. À l’unanimité les cheminots sont solidaires, une première journée de grève bien suivie et un rassemblement à une trentaine ont eu lieu mardi 10 mars pour accompagner un collègue en entretien pour licenciement. La mobilisation a fait son effet et la direction évoque la possibilité d’un reclassement au lieu du licenciement. Ce sont ces liens de solidarité qu’il faut renforcer, eux seuls pourront mettre un coup d’arrêt à la politique de casse sociale de la direction.
Correspondant