Si de nombreux partis politiques refusent de parler de hausse des salaires (ou se contentent d’une démagogie contre les « charges sociales » pour « augmenter » le salaire net, voir notre article dans ce dossier), une partie de la gauche, notamment LFI, met en avant le blocage des prix comme remède. Une mesure compréhensible quand on voit l’augmentation délirante du prix de l’essence aujourd’hui !
Mais, comme pour toute revendication, la véritable question est celle des moyens qu’on se donne pour l’obtenir. Or, sans organisation des travailleurs pour contrôler les prix, se contenter de réclamer un blocage des prix, c’est s’en remettre au bon-vouloir de l’État qui non seulement ne dispose pas de moyens suffisants pour un tel contrôle, mais se refuserait à les déployer contre les patrons.
Les prix à la pompe sont visibles de tous, mais il n’en est pas de même des prix imposés par les fournisseurs qui, à tous les échelons de la distribution, fixent leurs prix dans l’ombre et forment ainsi le prix final des produits proposés au consommateur. D’ailleurs, faute de moyens – et de volonté –, aucun contrôle des prix par en haut n’a jamais été réellement efficace, de la Loi du maximum de 1793 au contrôle des prix instauré par de Gaulle en 1962 qui n’a pas empêché une inflation à deux chiffres de rogner le pouvoir d’achat des travailleurs.
En revanche, chaque travailleur peut contrôler si son salaire lui permet les mêmes dépenses que le mois précédent. L’usine ou le bureau sont des lieux où les travailleurs peuvent s’organiser non seulement pour suivre collectivement l’augmentation des prix auxquels ils sont eux-mêmes sont confrontés – sans passer par le « panier » de dépenses moyen utilisé par l’État, qui peut être très éloigné de la réalité vécue –, mais où ils peuvent aussi s’organiser pour imposer au patronat l’ajustement des salaires sur les prix.
Les patrons cherchent toujours à reprendre d’une main ce qu’ils ont été contraints de donner de l’autre, en répercutant la baisse de leurs profits sur les consommateurs par une hausse des prix. C’est la méthode qu’ils ont employée après les grèves de juin 1936 et de mai 1968 : les hausses de salaires arrachées par les grévistes ont été grignotées par l’inflation en quelques années, voire quelques mois. Pour obtenir un salaire décent, les travailleurs ne pourront compter que sur leurs propres forces, et surtout sur les organisations qu’ils forgeront dans leurs luttes. Et par la même occasion, ils ouvriront une première brèche dans le pouvoir des patrons.
Robin Klimt
Sommaire du dossier de Révolutionnaires no 55
- Nos salaires méritent le maximum : faisons payer les patrons
- Il n’y a pas que l’État qui peine à boucler son budget !
- Pour la généralisation des luttes pour les salaires !
- Le salaire de base, nerf de la guerre de classe
- Comment empêcher les patrons de nous faire les poches ?
- NAO aux transports en commun lyonnais (TCL) : des groupes riches à millions qui continuent de faire les poches des salariés
- Cenexi : cent euros net, c’est le minimum !
- Dassault : profits de guerre et d’exploitation
- SNCF : des cheminots à la portion congrue