Pour compenser des salaires de base qui stagnent, et donc en fait reculent par rapport à des prix en forte hausse, la plupart des grandes entreprises octroient diverses primes annuelles : intéressement, participation, ou PPV (« prime de partage de la valeur », ou « prime Gilets jaunes »).
La filière automobile en est un bon exemple. Depuis plusieurs années, les ouvriers de Stellantis-France touchent au mieux 1 % d’augmentation générale, de quoi se payer en moyenne un sandwich frites avec boisson tous les 15 jours. Les profits du groupe atteignant des records, la direction concède des primes importantes. Certes pas les 14 000 euros de primes versés aux ouvriers de Ferrari en 2025 et 2026. Néanmoins en 2024, l’ensemble des primes a atteint 3 600 euros net. Après tout, pourquoi revendiquer 300 euros de plus par mois si on les perçoit en une fois tous les ans ? Oui, mais en 2025, ce n’était plus que 1 500 euros de PPV. Et en 2026, patatras ! Stellantis travestit ses investissements en pertes et présente un trou abyssal de 22 milliards de dollars… alors que ses coffres regorgent d’au moins le double. En France, Stellantis annonce la suppression des primes : beaucoup d’ouvriers vont sacrifier leurs projets de vacances.
Rien ne remplace l’augmentation des salaires. D’autant plus que les primes n’alimentent jamais, ou peu s’en faut, les caisses sociales : retraite, chômage, maladie. Si nous ne touchions que des primes, nous devrions payer plein pot le médecin, l’hôpital ou le pharmacien – les épidémies ravageraient la société vu le nombre de travailleurs incapables de payer – et les chômeurs n’auraient d’autre choix que mendier pour se nourrir. Retour au 19e siècle ? C’est ce que promettent les démagogues d’extrême droite quand ils nous font miroiter qu’en percevant le salaire brut et non plus le salaire net, nous améliorerions notre niveau de vie : sur le moment, peut-être, mais ce serait pour le payer au prix fort au moindre accident de la vie !
Mathieu Parant
Sommaire du dossier de Révolutionnaires no 55
- Nos salaires méritent le maximum : faisons payer les patrons
- Il n’y a pas que l’État qui peine à boucler son budget !
- Pour la généralisation des luttes pour les salaires !
- Le salaire de base, nerf de la guerre de classe
- Comment empêcher les patrons de nous faire les poches ?
- NAO aux transports en commun lyonnais (TCL) : des groupes riches à millions qui continuent de faire les poches des salariés
- Cenexi : cent euros net, c’est le minimum !
- Dassault : profits de guerre et d’exploitation
- SNCF : des cheminots à la portion congrue