Nos vies valent plus que leurs profits

Chez Renault, un plan social déguisé dans l’ingénierie

 

 

La direction de Renault a annoncé mercredi 24 juin 475 suppressions de postes (9 % des effectifs) dans l’ingénierie d’ici 2028 (sur les 2 000 suppressions d’emplois au total dans le monde), sous prétexte de réduire les coûts de production face à la concurrence, notamment celle des véhicules électriques chinois comme BYD ou MG. Tailler dans l’ingénierie pour rivaliser avec des entreprises qui ont une avance technologique considérable ? L’argument est douteux. En réalité, il s’agit surtout pour le nouveau directeur-général François Provost d’augmenter la marge opérationnelle du groupe, jugée insuffisante par les actionnaires qui attendent de la rentabilité à court terme.

De la Roumanie à la France en passant par le Maghreb et la Corée du Sud, des milliers d’emplois vont disparaître… au volontariat ! Chez Renault, personne n’est licencié, mais les salariés sont poussés dehors. Le dernier accord triennal signé fin 2024 contient des clauses permettant à la direction de déclencher des « RCC » à sa guise. Ces « ruptures conventionnelles collectives » instaurées par Macron en 2017 permettent de contourner les obligations qui s’imposent au patron en cas de plan de licenciements (le mal nommé « plan de sauvegarde de l’emploi »). Depuis 2020, Renault a massivement usé de ce dispositif pour supprimer des milliers de postes en France en poussant les salariés vers la sortie avec des conditions de travail dégradées et une petite prime de départ. Résultat : chômage pour les uns, charge de travail alourdie pour les autres.

Les salariés de VSF en lutte contre la casse sociale

C’est encore une RCC qui a été annoncée pour supprimer jusqu’à 153 postes dans le cadre de la fermeture du site de Villiers-Saint-Frédéric (Révolutionnaires no 59). Un procédé illégal en cas de fermeture de site, et pour cause : comment parler de départ « volontaire » quand un site ferme !

Les salariés ne se laissent pas « relocaliser » sur d’autres sites sans rien dire. Après une mobilisation réussie le 10 juin, ils ont mis sur pied un collectif indépendant des syndicats et ils étaient plus de 70 à manifester le 18 juin à Boulogne, près du siège du groupe où se tenait une réunion de négociation entre représentants syndicaux et responsables RH de Renault. Ils ont fait entendre leurs revendications : une grosse prime pour tous les salariés, en compensation du préjudice provoqué par les mutations forcées.

Évidemment, la direction a refusé. Il faudra amplifier le rapport de force pour obliger Renault à passer à la caisse… et pourquoi pas perturber ses plans de réduction d’effectifs !